La déception des fillonistes ne manque pas de surprendre

 

Le bon sens, commun ou pas, voulait que l’on comprenne Fillon tel qu’il est depuis 35 ans. Ses électeurs se sentent trahis par son prompt appel à voter Macron. Qu’attendaient-ils ? Pensait-on que celui qui déclarait déjà, il y a deux ans, se reporter, le cas échéant, sur le candidat PS, allait changer d’avis ? Les hommes sont héroïques, mais quand même… Oui, notre Fifi-les beaux-costards devait se reporter sans coup férir sur tout candidat du système qui l’allait battre. Cela était écrit. Cela était su. Cela était annoncé. Pas de cris. Pas de larmes. Fifi, droit dans les bottes que lui a cédées Juppé, reste un bel honnête homme, fidèle à ce qu’il fut et qu’il sera.

Ah, aurait-il pu être une sorte de divine surprise version XXIe siècle ? Pouvait-il se détacher des loges qui le tenaient ? Allait-il tenir son programme de candidat primaire ? Devait-il incarner Sens commun qui imprudemment crut en lui ? Comptait-il se détacher d’une UDI toujours un peu loin de la droite dite décomplexée ?

Farce que tout cela. Je vous le dis, mes bons amis. Fillon est un honnête homme. Un homme qui tient parole. Certes, il n’est pas de notre camp ; certes, il est loin des valeurs de la droite bourgeoise qui vota pour lui.

Mais, mes chéris… Comment dire, sans vous blesser, qu’il fallait déciller vos yeux un peu avant ?

Le Fillon qui voulait comme vous conserver une France soumise à Bruxelles votera pour un des ses caricaturaux représentants. Le Fillon qui n’a rien fait contre un PPE qui, à Strasbourg, s’unit dans tous ses votes avec les socialistes s’unit en France avec les socialistes. Le Fillon qui n’a rien dit depuis 15 ans contre la directive Bolkestein n’avait donc rien prévu dans son programme et votera en faveur de la poursuite de cette Europe-là.

Ah, mes bons amis bourgeois, cathos ou pas, proches du portefeuille, vous nous en voulez de cette défaite. L’amertume s’est répandue dans les bols de café du lundi 24 avril. Nous sommes les méchants. Nous avions dit que Fillon n’était pas le bon cheval, nous sommes donc coupables d’une défaite que lui programmèrent ses amis. Mais tout de même ! Ce ne serait pas un peu de la faute de ceux qui manquèrent à son camp ? Les Perben, les Villepin, les Madelin, les ralliés divers à Macron ne sont pour rien dans la défaite de la divine surprise promise ? Non, non. Bien sûr.

Fillon doit sa défaite à l’image décalée de son programme ; il la doit à ses amis qui l’ont soutenu du bout des lèvres. Il la doit à ceux qui ont trahi dans son propre camp. Les mauvaises querelles qu’on lui fit n’honorent pas le camp de leurs auteurs. Mais a-t-on vu noble réaction outrée et solidaire de ses amis ? Les a-t-on vus, par exemple, manifester à l’assemblée disant : « Nous sommes tous des Fillon ! » « Nous avons tous employé nos épouses, nos enfants, nos neveux et nièces et ceux de nos amis comme assistants parlementaires ! » Cela aurait eu de la gueule et aurait réenchaîné le bec du Canard.

Mais les hommes sont les hommes. Et rien de ceci n’arriva. Cette histoire est un peu chronique d’une défaite annoncée. Et le ralliement à l’homme d’Alger sera vite oublié, tant cette droite-là préfère détester son frère que celui qui rejette ses valeurs.

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