À SUIVRE

De la démocratie

Voyageur
 

La semaine dernière à Malé, quelle ne fut pas ma surprise en arrivant dans l’Airbus d’Air France qui devait me ramener à Paris : il n’y avait pas de commandant de bord ! À la place, on nous a invités à faire campagne, chacun d’entre nous passagers, puis à voter afin d’élire parmi nous celle ou celui qui pourrait s’asseoir sur le siège gauche du cockpit. Nous avons voté, et c’est ma femme qui a été choisie ! Elle n’a aucune idée de comment on pilote un avion, soit dit en passant, mais c’est une jolie blonde et bonne rhétoricienne, et puis, avec son permis de conduire, hein… Moi, j’ai bien ma PPL, mais je n’ai pas réussi à convaincre le public, parce qu’un A380, c’est quand même autre chose que mon 172 monomoteur. Et puis j’étais mal rasé.

Le mois dernier, en arrivant aux urgences pédiatriques parce que ma petite dernière toussait grassement, j’ai été désigné pour faire partie du panel qui allait décider de qui allait soigner les enfants pendant les trente jours suivants. On a voté, et c’est un gars que je connais qui a été élu : c’est le gardien de ma résidence. Il est grand, fort, musclé. Ça a probablement été décisif. Il va falloir qu’il s’habitue à travailler pendant un mois dans un hôpital à sauver des vies au lieu de rester dans sa petite cabine à l’entrée du compound, mais bon, c’est sa mission désormais.

Hier matin, à l’occasion de la rentrée du Nouvel An, on a élu à l’école les enseignants du trimestre parmi l’intégralité des parents. Mon fils a hérité d’un jazzman. Il a réussi à obtenir la majorité des suffrages parce qu’il est assez connu : il passe à la télé et il présente bien. Et puis son côté baba-cool rassure. C’est pas un de ces fachos qu’on rencontre parfois. J’ai hâte de voir ce qu’il va apprendre à mon fils.

Au mois de mai dernier, toute la France a donné son avis sur qui était le plus qualifié pour le job le plus important du pays : président de la République. C’est sympa. Ma cousine au chômage a voté pour madame Le Pen, « parce qu’elle nous ressemble ». Ma tante a voté pour monsieur Macron, « parce qu’il est beau ». Finalement, c’est ce dernier qui a été élu. Pour cinq ans seulement, hein. On va voir, c’est amusant.

De ces quatre chapitres, les trois premiers sont bien entendu de la pure fiction. Et ce, pour une simple raison : dès que quelque chose dans ce monde doit fonctionner, dès que c’est important, dès que le résultat est primordial, voire vital, il n’est jamais et n’a jamais été question de démocratie. Lorsqu’on veut qu’un système fonctionne, toute solution est bonne à prendre, SAUF UNE : la démocratie.

Maintenant, posons-nous la question : pour choisir ceux qui mènent le pays (législateurs et Président), pourquoi tolérons-nous d’utiliser un système que nous refuserions partout ailleurs, de l’école à l’hôpital, en passant par l’avion ?

Vive le roi. Absolu.