Dans le feu de l’action : au cœur des manifs

Ce samedi, les forces de l’ordre ont élargi le dispositif. En remontant l’avenue de Wagram, un premier palier de contrôle est installé sur la place des Ternes. Masque à gaz interdit pour les manifestants, carte de presse indispensable et obtempération exigée. « Vous respectez le contrôle sans broncher, c’est rare pour une journaliste. » Il faut dire que la presse n’a pas bonne réputation chez les CRS. Il faut voir ces reporters investir les colonnes de police pendant les affrontements. Chacun son métier, oui, mais chacun sa place.

Deuxième péage. Cette fois-ci, c’est la BAC (brigade anticriminelle). Jeans, gilets tactiques, bâtons télescopiques et Flash-Ball®. Ceux-là n’ont pas été à l’école des sommations, ils agissent rapidement, tactiquement et efficacement. Le troisième contrôle mène à l’Etoile. Place vide, Arc désolé, acte IV.

Les manifestants sont filtrés pour accéder aux Champs-Élysées, eux-mêmes cernés par les véhicules de police et de gendarmerie. La fouille permet d’exclure tout symbole de violence, des projectiles aux protections. « Vous pouvez m’expliquer pourquoi les journalistes ont droit aux casques et pas nous ? Leur vie vaut mieux que la nôtre ? », interroge une femme. Rapidement, un groupe de manifestants tente d’impressionner les policiers, en haut de l’avenue. La répression au lacrymo est immédiate. Puis le calme revient. Des comités s’organisent. Pacifistes d’un côté, revendicateurs de l’autre, formations fortuites et fauteurs de troubles… Les pancartes sont moins nombreuses que la dernière fois. « On tourne en rond, j’en ai marre ! », lâche un gilet jaune. Soudain, un groupe revient avec des pavés, des bouteilles en verre et des rondins de bois. Les CRS répriment avec des Flash-Ball® et des grenades de désencerclement. Un homme est touché au visage, il rejoint l’équipe adverse pour être pris en charge. On en appelle au meurtre, comme si le mal avait été gratuit, comme si les premières lignes de manifestants avaient fait vœu de pacifisme. Touristes.

« La police, c’est l’État », marmonne un manifestant en quittant l’avenue. Il venait pour la première fois, il repart déçu. Selon lui, le gouvernement veut dissoudre le mouvement en employant le maximum de force. Ce serait aussi à cause de la presse qui favorise la montée en puissance des pensées extrêmes. Il n’a sûrement pas tort. On annonçait un samedi noir, plus sombre encore que la semaine dernière, avec des armes, du sang, des orphelins… Et voilà que des poubelles brûlent, que des voitures explosent, que des vitrines sautent, mais rien de plus. On en était presque arrivé à espérer quelque chose de spectaculaire, se trahissant soi-même.

En haut des Champs, une quarantaine de manifestants se massent devant les gendarmes. « On vous protège ! » Des pavés ricochent sur les pare-brise, ils viennent de derrière, de quelques hommes encapuchés qui disparaissent aussitôt dans la foule. Au Drugstore, c’est la guerre. Les panneaux et les sapins forment un bûcher et les pompiers sont pris à partie. Les événements s’enchaînent très rapidement, les CRS chargent pour récupérer un morceau de barricade, reviennent, rechargent pour éloigner les manifestants puis permettent aux pompiers d’accéder au feu. Pendant ce temps, une trentaine d’autres policiers apparaissent et, sans ordre, assiègent les malfaiteurs.

Place Saint-Augustin, Jeanne d’Arc triomphe toujours mais au milieu d’un capharnaüm de fumées et de hurlements bestiaux. On se retrouve asphyxié dans un mouvement de foule, aveugle, désorienté jusqu’au prochain coup de vent. En se retrouvant hasardeusement dans la rue Saint-Lazare, un policier baisse sa fenêtre : « Ça va ? » Ça ira. À quelques mètres, un CRS prévient son collègue qu’il va prendre un café. Il pose son bouclier et s’assied à côté d’un autre, clope au bec, épuisé.

De retour sur la place des Ternes, avenue de Wagram, les deux CRS qui contrôlaient ce matin sont toujours là. « Ah ! Mais vous n’étiez pas là quand on s’est bagarré, il fallait nous prendre en photo ! » Nous nous racontons notre journée, nos rencontres, nos combats. On se dit qu’on aurait dû s’appeler pour couvrir les mêmes fronts. Tant pis, il paraît que ça recommencera la semaine prochaine.

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