Economie - Editoriaux - 1 septembre 2018

Croisière en Italie avec Bruno Le Maire !

Rassurez-vous, il ne s’agit pas d’un énième papier sur les bateaux de migrants. C’est du groupe italien Fincantieri qu’il s’agit. On se souviendra que c’est avec moult tambours et trompettes que Bruno Le Maire avait annoncé un accord gagnant/gagnant avec Fincantieri pour la reprise des chantiers navals de Saint-Nazaire (STX France), l’une des dernières pépites de l’industrie française – ou plutôt de ce qu’il en reste. Il annonçait même, sans rire, que cet accord, c’était « les fonts baptismaux » d’un Airbus de la construction navale en Europe !

Certes, le groupe italien (appartenant à un peu plus de 70 % à l’État italien, via sa Caisse des dépôts) n’est pas majoritaire dans le montage de reprise de STX, mais il a la majorité opérationnelle et une option d’achat pour le devenir.

À l’époque, les syndicats et les professionnels avaient attiré l’attention des pouvoirs publics sur le risque de transfert d’activité et de technologie de ce montage au regard des accords passés entre Fincantieri et la Chine.

Il faut savoir que la construction navale fait partie des secteurs prioritaires du pharaonique plan « Made in China 2025 » et que la Chine est déjà, par exemple, le premier constructeur de porte-conteneurs au monde. Exit la Corée du Sud !

Déjà, en février 2017, alors que les accords franco-italiens datent de septembre 2017, Fincantieri avait conclu un accord avec un groupe chinois, le groupe CSSC (China State Shipbuilding Corporation) pour la construction de deux paquebots de croisière géants (plus une option pour quatre autres) dans un chantier naval de Shanghai. Ces paquebots sont commandés par l’Américain Carnival, un croisiériste majeur, client historique de Fincantieri.

À l’époque, l’Allemand Meyer Werft, important constructeur de paquebots, avait fortement réagi en accusant Fincantieri de ruiner le marché européen de la construction navale par, notamment, un transfert de technologie qualifié de mortifère.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là : un protocole de coopération vient d’être signé à Pékin entre Fincantieri et CSSC en présence du ministre des Finances italien, Giovanni Tria, et d’un représentant de la Caisse des dépôts.

C’est un protocole qui étend la coopération sino-italienne à l’ensemble des activités de construction navale civile de Fincantieri : « navires pour l’industrie pétrolière et gazière, cruise-ferries, méga-yachts, infrastructures de production d’acier, ingénierie marine et acquisition d’équipements ». Il prévoit aussi la mise en place en Chine de toute la logistique et la chaîne de sous-traitance nécessaires.

Dans le même temps, le processus de reprise de STX France traîne en longueur et n’est toujours pas finalisé « officiellement du fait de facteurs légaux et administratifs ». Probablement, aussi, en raison des rapports politiques bien « tendus » entre la France et l’Italie, surtout après les récentes déclarations de Macron. Prions saint Nazaire pour la sauvegarde de l’emploi en Loire-Atlantique !

Décidément, en France – le pays doté de la deuxième façade maritime du monde -, on semble ne guère aimer la mer.

Les ports de Calais, Dunkerque, Cherbourg, Roscoff sont « vent debout » contre une toute récente décision de la Commission de Bruxelles qui exclut les ports français des nouvelles routes maritimes entre l’Irlande et l’Europe dans le cadre du Brexit.

Exclusion au profit d’Anvers, Zeebruges et Rotterdam !

Madame Borne a écrit une lettre à la présidente de la Commission des Transports, la Slovène Violeta Bulc, pour demander « des explications »

O sole mio !

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