20 juin 2018

Coupe du monde 2018 : Olivier Giroud, à l’ancienne

Les journalistes sportifs ont décrété que l’ancien numéro 9 du MHFC ne méritait pas d’être l’attaquant titulaire des Bleus. Les vrais connaisseurs de foot seraient estomaqués par le recours à Olivier Giroud. Cette antienne date et va de pair avec l’apologie de Karim Benzema, présenté comme l’un des meilleurs 9 au monde. Si la morale condamne ce dernier, son exclusion de l’équipe de France suscite, chez les commentateurs, un regret féroce.

Benzema est un joueur plus technique que celui de Chelsea. Les esthètes se souviendront longtemps de son débordement en demi-finale de Ligue des champions, l’année dernière. Puissant, rapide, précis, il est depuis bientôt dix ans l’attaquant du club le plus titré de l’histoire du football. Du reste, en équipe de France, Benzema n’a jamais eu le même rendement. Puisque ses zélateurs sont de ceux qui raffolent des statistiques, remarquons qu’il est l’auteur de 27 buts en 81 sélections. Giroud, supposément pataud face aux cages, en est à 31 en 75.

L’attaquant du Real Madrid incarne l’évolution du poste de numéro 9. C’est ce qui explique sa popularité auprès des spécialistes. Son modèle, c’est Ronaldo. Jusqu’au Brésilien, un attaquant de pointe, c’était Müller, Rush, Papin, van Basten, Inzaghi, des joueurs qui erraient dans la surface de réparation. Dans un foot plus lent qu’aujourd’hui, ils devaient remplir une seule mission : marquer. En France, David Trezeguet, nonobstant des buts spectaculaires, fut souvent la cible de critiques proches de celles dont Giroud est l’objet.

Les chaînes de télé, qui payent à prix d’or les droits de diffusion des grands championnats et des compétitions internationales, veulent du bling-bling. La presse aussi. Il faut que ça aille de plus en plus vite. Cristiano Ronaldo, Messi, Neymar sont la vitrine hyper-offensive du foot actuel. Alors que, dans les années 90, un attaquant qui mettait 25 buts par saison était considéré comme un cador, le fétichiste portugais et le génie argentin plantent jusqu’au double, à la fois efficaces comme personne avant eux et jamais avares de volutes qu’on croyait réservées aux numéros 10 à la Maradona ou Zidane.

Giroud est anachronique. Sa qualité première, voire unique, est de savoir se placer dans la surface adverse. Il pèse sur les défenses ; il sert de pivot autour duquel, lors du dernier Euro, Griezmann tournait avec la réussite que l’on sait. Il a toujours mouillé le maillot. Mais son profil n’est pas assez sexy pour certains, qui mènent campagne contre lui depuis deux ans. Lui ne se plaint jamais et, chaque fois qu’on l’imagine touché par les moqueries, plante. Son « mental » est exceptionnel. Tout juste concédait-il récemment que la comparaison avec Benzema faisait partie de son destin.

D’aucuns réclamaient depuis des mois une ligne d’attaque Mbappé-Griezmann-Dembélé. C’était une tentation « youtubesque » à laquelle Didier Deschamps résistait. Comme pour provoquer les journalistes, le sélectionneur y a finalement cédé contre l’Australie. Ce fut un échec complet. Il ne faut pas en tirer trop d’enseignements ; pour son entrée dans le tournoi, l’équipe de France a gagné et c’est là tout ce qui compte.

Giroud est d’une espèce en voie de disparition, d’avant la sacro-sainte polyvalence. On peut ne pas aimer son style ; on peut préférer des attaquants qui courent le 100 mètres en 10 secondes et multiplient les roulettes. Le « maladroit » Giroud a mené les Bleus jusqu’en finale de l’Euro ; on parie qu’il nous donnera la Coupe du monde.

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