Editoriaux - Sport - 30 juillet 2018

Coupe du monde 2022 : le Qatar à nouveau soupçonné de tricherie

Le Qatar n’est pas seulement soupçonné d’avoir financé, directement ou indirectement, le terrorisme islamique : il aurait aussi triché, en 2010, pour obtenir l’organisation de la prochaine Coupe du monde de football. Selon le Sunday Times du 29 juillet, il aurait mené une campagne secrète de propagande pour discréditer les candidatures de ses concurrents, notamment en payant une équipe de relations publiques et d’anciens agents de la CIA chargée de diffuser de « fausses informations » sur ses rivaux. Sa stratégie aurait consisté à recruter des personnalités influentes pour attaquer les offres dans leurs pays d’origine. Or, l’un des principaux critères pris en compte par la FIFA est le degré de soutien des populations locales.

Le comité d’organisation du Qatar a, évidemment, démenti ces accusations, tandis que la FIFA affirme avoir mené une enquête rigoureuse dont les conclusions sont consultables dans un rapport – oubliant de préciser que son auteur avait, à l’époque, dénoncé une communication « erronée et incomplète ».

Ce n’est pas la première fois que le Qatar est accusé de corruption. Déjà, le 29 janvier 2013, France Football, sous le titre évocateur « Mondial 2022, Le Qatargate », avait accusé cet État, petit par ses dimensions mais grand par ses ressources, d’avoir acheté la compétition. On se souvient aussi des polémiques suscitées par le choix du Qatar, en raison des fortes chaleurs aux mois de juin et juillet, ce qui avait contraint la FIFA à reporter la Coupe du monde à novembre et décembre 2022.

Qu’un État cherche à accueillir le Mondial est naturel. Qu’il utilise tous les moyens pour y parvenir, au point d’être soupçonné de corruption ou de machination, est plus discutable. Mais l’Histoire a prouvé que l’argent est un bon moyen de persuasion. Sans sa richesse en hydrocarbures, ce pays du Golfe n’aurait pas une telle influence. La France elle-même n’y est pas insensible : selon un rapport établi en février 2017 par l’ambassade de France au Qatar, cet émirat est « le deuxième client [de la France] à l’échelle de la région des pays du Golfe ».

Quelques mois après son élection, Emmanuel Macron s’est déplacé à Doha pour signer plus de onze milliards d’euros de contrats : des contrats d’armement (avions de combat Rafale, blindés), mais aussi la concession du métro de la capitale. Tant mieux pour les entreprises françaises mais, dans le même temps, il appliquait des sanctions économiques contre la Russie, coupable de tous les maux. On sait, d’autre part, que le Qatar investit beaucoup en France dans le sport, l’immobilier ou l’industrie.

Chacun jugera s’il vaut mieux entretenir de bonnes relations diplomatiques et économiques avec un pays du Golfe, qui applique rigoureusement la loi islamique, ou avec la Russie, qui partage nos valeurs occidentales. Qu’on privilégie un pays soupçonné de corruption et de financement du terrorisme n’est pas de nature à susciter la confiance des Français. « Dis-moi qui sont tes amis, je te dirai qui tu es ! » dit le proverbe. Emmanuel Macron devrait y prendre garde : les dérives de l’argent roi sont contagieuses.

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