Discours - Editoriaux - Supplément - Tribune - 6 février 2018

Corse : les polyphonies, oui ! Le chantage, non !

La Corse est belle, c’est entendu. Terre sauvage, montagne, GR20, touristes, mer bleu profond. À condition de ne pas trop s’éloigner des sentiers battus. Au-delà, c’est un autre folklore : racket, plastic, tête de Maure et bruits de culasse.

Notre sémillant Président, retour d’Afrique, est aujourd’hui en Corse pour commémorer l’assassinat du préfet Érignac. Vingt ans que le représentant de la République française y a été tiré comme un lapin, abattu courageusement d’une balle dans le dos ; au nom de « la fierté corse ».

Préambule à l’accueil chaleureux du Président, les mouvements nationalistes et indépendantistes ont organisé, samedi dernier, une manifestation pour peser sur les discussions à venir entre les représentants de l’Assemblée de Corse et « Madame Corse » : Jacqueline Gourault.

C’est l’occasion, pour les élus, de faire la tournée des popotes médiatiques sur le continent. On veut son quant-à-soi, mais la pub est toujours bonne à prendre. Ainsi, messieurs Talamoni et Simeoni, les nouveaux représentants de la collectivité territoriale, se sont-ils partagé les émissions du week-end, faisant assaut d’amabilités avant leur rendez-vous à Matignon.

Ton chattemite et pattes de velours, Talamoni était, dimanche, l’invité d’Apolline de Malherbe dans son émission « Et en même temps » sur BFM TV. C’est le monsieur qui a prononcé son discours d’investiture en langue corse et réclame, aujourd’hui, que celle-ci soit inscrite à l’égal du français dans la Constitution. La journaliste lui demande de confirmer l’info qui traîne depuis la veille : Macron aurait posé une condition au moins pour sa visite, à savoir qu’il y ait le drapeau français pour l’accueillir. Réponse de Talamoni : « Ce n’est pas un problème. Si on recevait le président d’une autre République, il y aurait aussi son drapeau… »

Autrement dit, Macron ou le roi des Patagons, c’est du pareil au même… D’ailleurs, il confirme. Quand on lui repose la question : « Est-ce que c’est votre Président que vous accueillez ? », il répond « Non, clairement non ! » Et Talamoni, tout président de région est-il, n’assistera pas aux cérémonies commémoratives pour le préfet Érignac. Pourquoi ? Parce qu’il est pour l’indépendance, « du côté de ceux qui ont opposé une force à la force injuste », dit-il, parce qu’il n’a « jamais condamné le recours aux armes » et ne le condamnera jamais.

Ce qu’il veut, ce qu’il a réclamé dans une tribune, c’est une commémoration unique, dans le même élan : le préfet, les gendarmes et les nationalistes « tombés au combat ». Allez, hop, tournée générale ! Et puis, il veut aussi la hotte du père Noël, le beurre de la métropole et la culotte de Marianne, les avantages acquis et même une couche supplémentaire.

Parce qu’il faut le dire, les Corses – pardon, certains Corses – sont déjà les rois des passe-droits et du favoritisme, les champions des exemptions et des exceptions, les pros de la triche et de l’absentéisme.

Quand l’Europe pointe « les particularités fiscales de l’île de Beauté », ce n’est pas une licence poétique. On se souvient du scandale des primes à la vache allaitante, à la fin des années 90, mais rien n’a changé. En 2016, la Cour des comptes attirait ainsi l’attention de Michel Sapin sur « l’existence de pratiques dérogatoires reposant sur des dispositions obsolètes, voire dépourvues de tout fondement légal, qui méconnaissent le principe général d’égalité devant l’impôt ». Exonération de TVA sur les vins locaux, tabac 25 % moins cher, avantages fiscaux pour les entreprises et les ménages, foncier rocambolesque, TVA réduite sur tout ou presque et des aides de la PAC passées de 90 €/ha, en 2015, à plus de 240 €/ha…

Alors, « si les Corses veulent leur indépendance, qu’ils la prennent ! » C’est pas moi qui le dis. C’est Raymond Barre en 1996…

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