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Corée du Sud : naufrage de l’honneur maritime

Journaliste, écrivain et essayiste.
 

Le temps semble très lointain, où le capitaine n’abandonnait jamais son navire, quitte à couler avec lui. De nos jours, le progrès fait rage, et le capitaine abandonne ses passagers avec son navire en perdition. On vient de le voir en Corée, deux ans après l’avoir vu en Italie.

Une différence notable, cependant : le Premier ministre sud-coréen, Chung Hong-won, a démissionné dimanche 27 avril 2014 en raison des critiques visant la gestion, par son gouvernement, du naufrage du ferry-boat Sewol, qui a fait plus de 300 morts ou disparus le 16 avril. La plupart des victimes du naufrage sont des lycéens en voyage scolaire qui avaient reçu ordre de rester dans leurs cabines en attendant d’autres instructions et l’ont payé de leur vie. Le Sewol, qui effectuait la liaison entre le port d’Incheon, près de Séoul, et l’île de Jeju, transportait 476 passagers et membres d’équipage, dont 339 lycéens et professeurs. Le nombre de corps repêchés était de 187 dimanche.

« Je voulais démissionner plus tôt, mais la gestion de la situation était la première priorité et j’ai pensé que c’était un acte responsable d’apporter mon aide avant de partir. Mais j’ai décidé de démissionner maintenant pour ne pas être un fardeau pour le gouvernement », a précisé Chung Hong-won.

On n’a rien vu de tel en Italie, après le naufrage du navire de croisière Costa Concordia, en janvier 2012. Son capitaine peu courageux, Francesco Schettino, se gobergeait sur sa passerelle de commandement en compagnie de Domnica Cemortan, une jeune danseuse moldave qui voyageait sans payer (d’argent), quand il a décidé de frôler la côte, peut-être pour épater la blonde décolorée. Résultat : 32 morts et disparus, Schettino ayant fui le premier.

Si sa compagnie a versé de misérables indemnités à ses victimes, on attend encore le châtiment de « l’homme le plus haï d’Italie ». Mais il est allé se promener sur l’épave, il se déclare « un gentilhomme », et va jusqu’à réclamer qu’on lui rende son poste !

Il y eut des temps plus difficiles, il n’y en eut pas de plus vils.

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