Contre Marine Le Pen, Fillon et les médias réconciliés

Essayiste
 

À l’occasion de la dernière ligne droite avant le premier tour, les médias ressortent l’éternelle boule puante dans les jambes de Marine Le Pen : la Seconde Guerre mondiale. Avec son cortège de peaux de banane et de questions pièges. La candidate, interrogée sur le Vel’ d’Hiv’, pensant bien faire en disculpant la France de la responsabilité dont on l’accable, a nié qu’elle fût responsable des tragiques événements. Elle a fait mentir le dicton qui veut que chat échaudé craint l’eau froide, et c’est trop candidement qu’elle a répondu à la question d’Olivier Mazerolle. Dans l’intérêt de sa campagne, il fallait éluder.

Aussitôt, certains médias, toujours les plus prompts à fabriquer de la polémique à peu de frais (Libération ou L’Obs, par exemple), ont vu là une occasion rêvée de monter une affaire contre Marine Le Pen, à quelques jours de l’élection. Au moins sont-ils dans leur rôle lorsqu’ils parasitent le monde des idées en l’engluant dans la moraline bien-pensante de gauche. Ce qui est moins excusable, c’est l’attitude de François Fillon.

Forcément interrogé « sur les propos de Marine Le Pen » (expression usuelle en langage médiatique, dont le premier objectif est de dramatiser en installant un climat grave et inquiet), François Fillon y a vu une occasion de faire de la retape à pas cher en joignant sa voix à la meute des dictateurs de la pensée unique des salles de rédaction parisiennes, avec qui il se réconcilie finalement sur le dos de Marine Le Pen, après des mois d’un carnage qui l’a traîné, lui et sa famille, dans la boue. Ravi de pouvoir souffler un peu le temps d’une polémique qui touche un adversaire, il fait œuvre miséricordieuse en absolvant les bourreaux de la veille. Tout est bien qui finit bien.

Et non content de « se désolidariser », comme on dit, il faut qu’il en rajoute une couche en déclarant, comme pour donner aux médias un os encore plus gros que celui qu’ils avaient commencé de rogner : « Je trouve que le Front national est extrêmement mal placé pour parler de ces sujets, lui qui compte encore dans ses rangs beaucoup de nostalgiques du régime de Vichy. »

Cette surenchère était-elle nécessaire, et surtout honnête, intellectuellement et moralement ? François Fillon, pour y avoir goûté récemment, sait bien pourtant qu’il y a des procédés odieux, des méthodes infâmes qui, en plus de disqualifier un adversaire, salissent l’éthique de ceux qui les utilisent. Il sait aussi que sa déclaration est excessive, brutale, injuste et indigne, ne serait-ce qu’à l’égard des militants et des électeurs de la candidate, des mères de famille, des étudiants, des retraités, des salariés honnêtes et des petites gens qui se trouvent drapés subitement des habits de Vichy, et par extension de ceux du Troisième Reich.

Monsieur Fillon, qui a prétendu pendant des semaines se maintenir dans la course malgré les attaques pour, disait-il, qu’on « ne vole pas l’élection aux Français », en se positionnant sans vergogne comme il l’a fait dans cette pitoyable affaire, a démontré que la seule personne à qui il ne voulait pas qu’on vole l’élection, c’est lui.

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