Editoriaux - Politique - Table - 23 janvier 2018

Je continue à préférer Brigitte Bardot…

Il y a quelques années, invité dans « Les Grandes Gueules » à la suite de la publication d’un livre, j’avais eu droit, de la part des excellents Marschall et Truchot, à un questionnaire auquel j’avais répondu avec un mélange de sincérité et de provocation. Notamment, interrogé sur ma préférence entre Sœur Emmanuelle ou Emmanuelle Béart, j’avais penché en faveur de la première parce que j’éprouvais plus de respect pour elle et que je tenais à échapper à l’artistiquement convenu.

J’ai un peu éprouvé le même sentiment en lisant le long entretien avec Brigitte Bardot dans Le Monde et en prenant connaissance de la réaction de Marlène Schiappa, dont je ne raffole pas en dépit du fait qu’elle est devenue, comme on dit, « incontournable » en cette période où, à tout bout de champ, il est de bon ton d’envisager un projet de loi pour réprimer toutes les attitudes viriles discutables où que ce soit – être homme n’est pas encore une infraction !

Cette secrétaire d’État chargée de promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes est médiatiquement célébrée. Tout ce qu’elle touche et décrète est marqué du sceau du progressisme qu’il convient d’afficher. Rien de ce qui est le féminin ne lui est étranger. Récemment, un portrait lui a été consacré dans Le Figaro par Anne Fulda, dont on sentait à chaque ligne l’envie qu’elle avait d’en dire du bien.

Marlène Schiappa a déclaré, au sujet de BB, que « c’est triste, évidemment, venant d’une icône féminine, mais on connaît les positions de Brigitte Bardot. Elle s’occupe très bien de la défense des animaux. Il faudrait peut-être qu’elle se concentre sur cela… »

C’est, d’ailleurs, ce qu’a fait BB dans le dialogue auquel j’ai fait référence et qui, pour une très large part, concerne les animaux, leur sort, leurs souffrances et sa mobilisation absolue et politique en faveur de leur condition. Je ne ferais pas de mal à la moindre bête, mais j’avoue que je suis davantage passionné par le destin des humains, même si on me rétorque souvent que le traitement des animaux doit aller de pair.

Qu’a donc proféré BB de si intolérable par rapport aux pensées correctes et bienséantes concernant le féminisme, de quelle abstention quasiment criminelle s’est-elle rendue coupable ?

Elle a bien précisé que son propos ne se rapportait pas à toutes les femmes mais seulement aux actrices. On peut la créditer d’une certaine connaissance de ce milieu.

Elle osait avancer que des actrices « allumaient » les producteurs et qu’après, pour faire bien, elles se plaignaient de harcèlement. Elle dénonçait ce qui lui apparaissait comme un jeu « ridicule, hypocrite et sans intérêt » au regard de sujets bien plus importants, et soulignait qu’elle n’avait jamais confondu les compliments flatteurs et même osés sur sa beauté – allant jusqu’à « un joli petit cul » – avec du harcèlement dont elle n’avait jamais été victime.

Bien sûr, c’est BB, et on veut bien présumer que son caractère, sa personnalité et son incroyable gloire durant plusieurs années la plaçaient dans un statut privilégié, totalement à part. Il n’empêche qu’aussi radicale et globale que soit sa charge, elle fait du bien. On a besoin d’esprits libres et d’âmes bien trempées, on aspire à une résistance de la part de ceux qui peuvent se la permettre et parfois en font preuve. On a besoin d’une Brigitte Bardot qui, aussi détestable qu’elle puisse apparaître à certains, nous console pourtant de la mièvrerie humaniste chronique d’une Marlène Schiappa. Dont les injonctions doucement totalitaires donneraient presque absurdement l’envie de les fuir.

Je prends mes risques, mais si j’étais confronté à cette alternative qui vaut bien celle par laquelle j’ai commencé, je n’en démordrais pas. Je continuerais à préférer Brigitte Bardot à Marlène Schiappa – la femme dans sa nature, sa liberté et sa vérité plutôt que la femme devenue une cause politique.

Extrait de : Justice au Singulier

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