À SUIVRE

Congrès du FN : un seul lit pour deux rêves


Docteur d'Etat en droit public, avocat, maitre de conférences des Universités

 

La grande affaire du congrès du Front national cette année n’était pas comme en 2011 : quel président pour quelle ligne ? Les « historiques » se sont depuis, en effet, inclinés devant le « Front nouveau » même si, comme le beaujolais du même nom, il leur agace parfois encore un peu les dents.

L’unité était palpable à Lyon, et le ciel serein. Mais du coup, ce sont les dents des médias qui s’agacent et grincent. Pour se consoler, ils ouvrent leurs colonnes aux mécontents et dénoncent la persistance des deux lignes rivales au sein du parti. Certes, beaucoup avaient rêvé que l’avènement de Marine et la « dédiabolisation » du Front débouchent sur un « Épinay » de la droite. Mais c’était irréaliste.

Si Sarkozy avait été sincère dans sa « droitisation », il en aurait pris l’initiative. Mais il ne l’était pas. Son projet était de « siphonner » l’électorat frontiste en mettant en vitrine les mêmes slogans tout en ne vendant pas la même marchandise. Il ne restait donc au FN qu’à contourner l’obstacle et, pour cela, élargir sa base électorale et militante.

S’adapter au monde tel qu’il est, loin des vieilles querelles stériles, et mettre en selle des jeunes venus de tous horizons d’abord pour se sentir fiers d’être français était nécessaire. Mais cela n’impliquait nullement de renoncer à des fondamentaux que ces jeunes rallient d’ailleurs souvent sans difficulté.

C’est pourquoi les « deux lignes » que voient les médias n’en sont pas. Elles sont plutôt les deux affluents d’un même fleuve privé de la moitié de son cours naturel depuis 40 ans par le barrage d’une droite de gouvernement qui n’entend pas laisser la place.

Le coup de génie de Marine a été de comprendre que l’exaspération de jeunes militants et cadres de valeur face à la confiscation du pouvoir par la promotion Voltaire de l’ENA existait à gauche comme à droite, et de les attirer vers elle. Alors certes, les scores des candidats aux instances dirigeantes du parti l’ont montré dimanche, une majorité des adhérents préfèrent les valeurs droitières incarnés avec grâce et talent, dans la jeune génération, par Marion Maréchal-Le Pen. Seulement voilà, ce ne sont pas les 80.000 adhérents qui porteront Marine le Pen à la présidence, mais bien vingt millions de votants.

Dans sa précoce sagesse, la benjamine de l’Assemblée l’a compris et, loin de tirer un profit personnel du vote royal en sa faveur de 80 % des adhérents, elle est restée dimanche, face aux médias, sur une prudente réserve. Elle sait qu’une bataille ne se gagne qu’avec un général, sans contre-ordres perturbateurs, que Marine est ce général, et que les lieutenants qu’elle se choisit ont chacun leur utilité.

Marine, de son côté, sait que le charme, mais aussi les convictions de la jeune Marion, sont un atout majeur, et qu’elle peut compter sur sa loyauté. Que les oiseaux de mauvais augure cessent donc de vicier de leurs croassements de vautours le ciel clair de ce congrès instructif, enthousiaste et fraternel !

Docteur d'Etat en droit public, avocat, maitre de conférences des Universités