Editoriaux - International - Polémiques - Politique - 15 novembre 2018

Commémoration du 11 Novembre : l’affront fait à la Serbie

Si Emmanuel Macron avait voulu délibérément et bassement humilier ce pays et son peuple, il ne s'y serait pas pris autrement.

Il est parfois des choses qui demeurent inexplicables et incompréhensibles. Ainsi de la commémoration du centenaire de l’armistice de 1918 qui s’est tenue à Paris, ce 11 novembre, et qui fut entachée d’une veulerie historique que d’aucuns décrivirent plus sagement et plus simplement comme n’étant qu’un « scandale diplomatique ».

Tous les dirigeants des pays belligérants trouvèrent leur place à la tribune officielle. Tous sauf un, pour lequel il n’y avait, justement, pas de place.

Le président du pays auquel la guerre fut déclarée en premier par l’Autriche-Hongrie puis par l’Allemagne ; le président du pays qui fut en premier attaqué par les puissances centrales ; le président du pays dont l’armée héroïque remporta les premières victoires alliées ; le président du pays qui, enfin, paya le plus lourd tribut, avec ses 1.200.000 victimes, taux le plus élevé de tous les États belligérants ; le président de la Serbie, donc, fut quant à lui relégué dans une tribune annexe…

L’affront, tout à fait incompréhensible, fut de taille. Il fut d’autant plus insupportable qu’il vint d’un pays considéré en Serbie depuis un siècle comme un vieil allié et ami – la France. Pis encore, à regarder la présidente de la Croatie – État qui n’existait pas en 1914 et dont le peuple porta l’uniforme austro-hongrois – au premier rang aux côtés d’autres chefs d’États, ou l’Albanais Hashim Thaçi – ancien terroriste et chef de l’entité sécessionniste du Kosovo, dont le peuple harcelait et achevait à chaque occasion qui se présentait l’armée serbe, déjà exténuée par les combats, la faim et le froid lors de sa retraite de 1915 – au deuxième rang derrière Mme Merkel et MM. Poutine et Macron, l’on ne pouvait que rester effaré devant l’absence du président de la Serbie !

Si Emmanuel Macron avait voulu délibérément et bassement humilier ce pays et son peuple, il ne s’y serait pas pris autrement.

Interpréter l’événement n’est pourtant pas chose aisée.

Bien évidemment, une partie de l’explication se retrouve incontestablement dans l’ignorance et la prétention qui siéent si bien à l’époque et qui caractérisent tant les générations dont fait partie aussi le Président Macron. Si on le pare d’une certaine culture – ce qui n’est pas forcément difficile en comparaison de son prédécesseur au palais de l’Elysée -, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un parfait représentant de son époque, talentueux certes, mais, au fond, marchant dans les clous de l’idéologie dominante.

Nous sommes, en effet, fort éloignés d’un général de Gaulle ou encore d’un François Mitterrand qui connaissaient l’Histoire et en avaient un sens profond. Ils savaient ce qu’était la France. Ils savaient ce qu’était le monde. Ils savaient, de fait, aussi, les liens d’amitié qui existaient entre la France et la Serbie et qui furent scellés dans le sang sur le front de Thessalonique lors de la Grande Guerre. C’était une époque, aujourd’hui révolue, où la France avait encore à sa tête de véritables hommes d’État.

Une autre partie de l’explication tient à la politique étrangère de la France qui, depuis la fin de la guerre froide, a été, pour ce qui est des Balkans, inféodée à la politique allemande d’abord, à la politique américaine ensuite. Reconnaissance des indépendances slovène et croate en 1992, agression militaire de l’OTAN en 1999, sécession et reconnaissance du Kosovo et de la Métochie en 2008… l’amitié franco-serbe en avait déjà pris un sacré coup.

Pourtant, ni l’esprit du temps ni la vacillante politique étrangère de la France dans les Balkans ne suffisent à expliquer le « scandale diplomatique » du 11 novembre. Mais après tout, peut-être qu’il ne faut pas chercher une cause directe à l’événement. Il se peut que l’humiliation du 11 novembre ne soit qu’une des marques symboliques de la fin du monde ancien. Elle serait, à bien y réfléchir, parfaite comme confirmation du nouveau monde, qui adore tellement déconstruire et relativiser.

Quoi qu’il en soit, il restera, à tout jamais marqué d’une encre indélébile, qu’à l’occasion de la célébration du centenaire de l’armistice de 1918 à Paris, la Serbie, avec son cortège de 1.200.000 morts, n’avait pas sa place à la tribune où ses agresseurs d’antan avaient pris la leur.

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