Editoriaux - Histoire - 3 novembre 2018

Commémoration de la Grande Guerre : 4 novembre 1918, l’Italie victorieuse

On l’oublie un peu, mais la Première Guerre mondiale ne prit pas fin pour tous les belligérants le 11 novembre 1918 dans le wagon de Rethondes. Ainsi, c’est le 3 novembre à 15 heures que fut signé à la villa Giusti, près de Padoue, l’armistice entre l’Italie et l’empire austro-hongrois, pour une prise d’effet le lendemain à la même heure.

Le royaume d’Italie était entré en guerre le 24 mai 1915 aux côtés de la Triple-Entente (France, Grande-Bretagne et Russie) après être resté neutre dans un premier temps et alors qu’il faisait partie d’une alliance avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie appelée la Triplice – pacte essentiellement défensif. Cette entrée en guerre fut, de fait, la décision de trois personnes : le roi Victor-Emmanuel III, le président du Conseil Antonio Salandra et le ministre des Affaires étrangères Sidney Sonnino, d’origine écossaise par sa mère. Une décision prise malgré l’opposition du Parlement. Le camp interventionniste l’emportait sur celui des neutralistes. Notons que le socialiste Benito Mussolini, dans un premier temps neutraliste, changea d’avis, ce qui lui valut son exclusion du parti. Précédant la déclaration de guerre, un pacte fut signé à Londres le 26 avril dans lequel, en cas de victoire, étaient promis à l’Italie des territoires jusqu’alors sous souveraineté austro-hongroise, notamment la ville de Trente, dans la vallée de l’Adige, les villes de Gorizia, Trieste dans le Frioul et la plus grande partie de l’Istrie.

Trois noms de batailles sont à retenir dans ce conflit entre l’Italie et l’Empire austro-hongrois. Tout d’abord Caporetto (Kobarid, en Slovénie, aujourd’hui), du 24 octobre au 9 novembre 1917. Un désastre pour les Italiens : 40.000 tués, 295.000 prisonniers, 3.000 canons pris par l’ennemi, peut-être 400.000 déserteurs. Les troupes italiennes réussissent cependant à se replier sur le Piave, « fleuve sacré de la Patrie ».

Cette défaite fut néanmoins l’occasion d’un véritable sursaut national. Un nouveau chef d’état-major est nommé, le général Armando Diaz (1861-1928), qui réorganise l’armée et prépare la contre-offensive. En juin 1918, les Italiens emportent la bataille de la Piave et, le 24 octobre, un an après Caporetto, est lancée l’ultime offensive contre l’armée des Habsbourg. L’essentiel de la bataille se joua autour de la ville de Vittorio Veneto, qui laissa son nom à cette ultime bataille. 57 divisions furent engagées du côté italien (dont deux françaises, trois britanniques et une américaine), 60 chez les Austro-Hongrois. Autant dire un combat titanesque qui tourne en faveur des Italiens. Menacée d’encerclement, l’armée austro-hongroise recule pour demander, finalement, l’armistice le 3 novembre. Le même jour, une heure après la signature de l’armistice, le gouverneur de Vénétie julienne, le général Carlo Petitti di Roreto, débarquait du contre-torpilleur Audace, à Trieste, pour prendre possession de la ville au nom du roi qu’il accueillit quelques jours plus tard, ce dernier accompagné des généraux Diaz et Badoglio.

Ce 4 novembre, le général Diaz concluait fièrement son ordre du jour : « Les restes de ce qui fut l’une des plus grandes armées du monde remontent en désordre et sans espoir les vallées qui avaient été descendues avec une orgueilleuse assurance. » Le roi le fit duc de la Victoire. Mussolini le nomma ministre de la Guerre dans son premier gouvernement en 1922. Il se retira en 1924, élevé au rang de maréchal d’Italie.

L’Italie, qui comptait alors environ 34 millions d’habitants (frontières de 1913), paya un lourd tribut à cette guerre : 650.000 tués ou morts de blessures ou de maladies, plus de 900.000 blessés. Elle commémore, depuis 1919, cette journée du 4 novembre, appelée « Journée de l’Unité nationale et des forces armées ». En France, les armées n’ont pas l’honneur d’une journée nationale et, aujourd’hui, l’on nous explique même que « les combattants [de la Grande Guerre] étaient pour l’essentiel des civils que l’on avait armés »

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