Editoriaux - Histoire - 8 novembre 2018

Commémoration 14-18 : Alsace-Moselle, le silence assourdissant du Président 

Au cours de son long périple des commémorations de la fin de la Grande Guerre, Emmanuel Macron honore à chacune de ses étapes la mémoire des poilus « héroïques » tombés au champ d’honneur. Mais où, mieux qu’à Strasbourg, de « concert » avec son homologue allemand, aurait-il pu évoquer, ne fût-ce qu’un instant, la mémoire des 50.000 soldats alsaciens et mosellans morts sous l’uniforme de l’Empire allemand, dont ils étaient devenus les sujets depuis le traité de Francfort de 1871.

Que nenni ! Un siècle après, l’histoire particulière de ces Alsaciens-Mosellans peine toujours à se faire (re)connaître. Entre 1914 et 1918, ils furent ainsi 380.000 conscrits alsaciens et lorrains à être mobilisés et à revêtir l’uniforme feldgrau. Parce qu’ils étaient nés allemands, ils n’eurent guère le choix : déserter et mettre en danger leur famille ou remplir leurs obligations militaires. Les soldats alsaciens engagés dans l’armée du Reich eurent ainsi à combattre sur le sol français lors de la grande offensive allemande du printemps 1918, au cours de laquelle périt mon grand père.

En Alsace, sur les monuments aux morts de 1914-1918, ne figure nulle inscription Morts pour la patrie mais, de façon plus laconique, À nos morts ou À nos enfants… Pour les survivants, la démobilisation fut particulièrement difficile après l’armistice et le retour de l’Alsace à la France. Humiliés, montrés du doigt, considérés comme des « traîtres » à leur patrie, ils furent l’objet de mesures vexatoires de la part des autorités françaises (arrestations, contrôles, etc.).

Devant le silence assourdissant du Président « itinérant », une centaine de personnalités alsaciennes et mosellanes sont montées au créneau :« À l’heure de la construction et de la réconciliation franco-allemande, l’histoire et la mémoire spécifiques de l’Alsace-Moselle ne doivent pas être sacrifiées sur l’autel de “l’uniformisme” républicain, au nom d’une prétendue menace à l’unité nationale. La mémoire de la nation française ne peut être que plurielle si elle se veut le reflet de la réalité. Nous ne demandons rien d’autre que le respect de la mémoire de nos pères à l’occasion du centenaire », réclame la tribune publiée dans la presse régionale.

« As-tu jamais songé aux autres morts, ceux que nous n’avons pas connus, tous les morts de tous les régiments ? » écrivait Maurice Genevoix dans Ceux de 14, comme s’il avait voulu, prémonitoire, rappeler à son futur admirateur la mémoire de ces « autres morts » laissés-pour-compte de l’histoire officielle, « ceux d’Alsace-Moselle » qui n’entreront jamais au Panthéon…

« Nous n’avons pas voulu cela ! » (Das haben wir nicht gewollt! »). C’est la phrase que l’empereur Guillaume II fit inscrire, comme une excuse ou l’on ne sait trop quel regret, au fronton de la cheminée de son château alsacien, le Haut-Kœnigsbourg. Excuses ou regrets que l’on aurait pu attendre également de la présidence allemande, tout aussi muette que son hôte d’un soir.

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