Armées - Editoriaux - International - Politique - Presse - 27 septembre 2016

Colombie : les défis de l’accord historique avec les FARC

Après l’accord historique conclu le 24 août à La Havane entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) après plus de 50 années de guerre civile, c’est dans la tiédeur estivale de Carthagène des Indes – superbe ville portuaire ouverte sur la mer des Caraïbes inscrite au patrimoine mondial de l’humanité, fondée en 1533 par le conquistador espagnol Pedro de Heredia – qu’a été signé, lundi 26 septembre, cet accord de paix entre le président colombien Juan Manuel Santos et le commandant en chef des FARC, Rodrigo Londoño, plus connu sous le nom de « Timoleón Jiménez ».

Symbole des symboles, cet accord a été signé avec un « baligrafo », c’est-à-dire un stylo (boligrafo, en espagnol) fabriqué à partir d’une balle de fusil avec cette inscription ciselée : « Les balles ont écrit notre passé. L’éducation notre avenir. »

Au cours d’une cérémonie solennelle, plus de 2.000 invités, la plupart habillés de blanc, en présence de plusieurs chefs d’État dont celle, bien entendu, du président cubain Raúl Castro. De nombreux hôtes de marque pour souligner encore le caractère international de cet accord, dont le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, celui de l’Organisation des États américains, Luis Almagro, mais aussi des représentants du Vatican pour souligner, s’il en était besoin, de son influence dans cette région du monde.

Trois jours auparavant, avec l’aval des autorités colombiennes et avec la présence de la presse internationale, s’est achevée au plus profond de la jungle la dixième conférence de la guérilla réunissant l’ensemble de l’état-major et plus de 280 délégués des différents fronts. La guérilla décrétant que « la guerre était terminée » a apporté sans restriction « son soutien unanime » à l’accord de paix et adoubé la transformation de la rébellion en un mouvement politique légal.

Après la signature de Carthagène, il restera la dernière étape du processus de paix : la ratification de cet accord par référendum par le peuple colombien, le 2 octobre, soit au moins 4.5 millions de voix (13 % de l’électorat). Ce qui ne devrait poser aucun problème.

Restera l’essentiel : la transformation et la structuration des FARC en parti politique. Pour cela, un certain nombre de garanties électorales ont été accordées par l’actuel gouvernement, mais surtout, et beaucoup plus délicat, la reconversion et le retour à une vie « normale » de 7.500 hommes et femmes des FARC, habitués à vivre dans l’ombre et la violence et, pour certaines factions, à opérer des trafics en tous genres… La veille de cet accord, la présidence colombienne, dans un communiqué, soulignait « le défi de construire cette paix » et la nécessité « d’un grand effort de tous les Colombiens » !

Car il ne faudrait pas que surgisse le scénario catastrophe évoqué par les Cassandre : un gouvernement colombien pris entre l’enclume politique du nouveau parti issu des FARC et le marteau de la guérilla persistante de l’Armée de libération nationale (ELN, d’inspiration castriste), toujours présente sur le terrain et forte de 1.500 membres… Même si, dans un premier temps, son chef, Pablo Beltrán, obéissant aux consignes de La Havane, vient d’annoncer une trêve unilatérale « pour faciliter la participation de la population au scrutin ».

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