Editoriaux - Justice - Politique - 17 janvier 2019

Claude Guéant condamné à un an ferme. Et maintenant, à qui le tour ?

Ce serait sans doute une première. Quoique… Il suffit d’une jambe de pantalon tombant bas sur la chaussure pour qu’on l’ignore. Imaginez la scène : un ancien ministre de l’Intérieur arrivant dans un dîner mondain avec son bracelet électronique à la cheville. À moins qu’il ne quitte la table entre la poire et le fromage parce qu’il est l’heure de rentrer en zonzon pour la nuit…

C’est curieux, mais je le dis franchement : il me fait de la peine, Claude Guéant.

En effet, qui eût imaginé que derrière son air austère de « surgé » à l’ancienne et sa raideur brillantinée, ce « grand commis de l’État » s’en mettait, lui aussi, plein les poches ? Lui, un homme qu’on imaginait en blouse grise et manches de lustrine dans un film de Christophe Barratier, assouvissant de sombres désirs bling-bling ?

Et pourtant, il plonge. La Cour de cassation vient de rejeter son pourvoi, confirmant la condamnation pour « détournement de fonds publics » rendue en appel, le 23 janvier 2017 : deux ans de prison dont un avec sursis et mise à l’épreuve, 75.000 euros d’amende et interdiction d’exercer toute fonction publique pendant cinq ans.

Notez, il fête aujourd’hui ses 74 ans. On sait bien que les politiques se croient indispensables jusqu’à la tombe, mais 74 + 5 = 79, alors il est peut-être temps de prendre sa retraite ?

Son âge est une chance pour lui, nous dit-on, car à partir du chiffre qu’il atteint ce jeudi, l’ancien ministre de l’Intérieur de Nicolas Sarkozy peut demander une libération conditionnelle.

Dans notre société où tout, désormais, va à la vitesse de la lumière, il reste un domaine qui nous fait mesurer cruellement la relativité du temps, c’est la Justice. Ah, le temps judiciaire… On en profite ou pas. C’est un peu la loterie. Ainsi, le pédophile qui voit s’ouvrir son procès le jour où l’on retrouve le corps d’un pauvre enfant estropié dans un sous-bois a peu de chances d’attirer la clémence du jury. Et un Claude Guéant dont l’affaire ressort en pleine insurrection sur fond de pouvoir d’achat, bien peu de chances de s’attirer la compassion des citoyens.

Il faut dire qu’il a fait fort. Selon l’accusation, « entre 2002 et 2004, alors qu’il était directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, l’énarque s’est versé chaque mois 5.000 euros, un montant s’ajoutant à un salaire de 8.000 euros et à des indemnités de 2.200 euros ». Des fonds piochés dans une enveloppe de 10.000 euros mensuels, destinés aux frais d’enquête et de surveillance des policiers.

Certes, le ministre de l’Intérieur n’était pas le seul à piocher dans la caisse. L’ancien directeur de la police nationale, Michel Gaudin, et Daniel Canepa, ex-collaborateur de Claude Guéant au cabinet à l’Intérieur, se servaient aussi largement et leurs pourvois ont également été rejetés, confirmant les condamnations antérieures.

Au total, ces braves gens ont détourné 210.000 euros. Au terme de l’enquête, il est apparu que Claude Guéant en avait gardé la moitié et distribué le reste à trois de ses collaborateurs.

Pour sa défense, il a assuré qu’il s’agissait là d’« une pratique qui faisait partie des usages du ministère ».

Comme les voitures brûlées, les soir de réveillon : us et coutumes à la française, en somme… Un conseil, Monsieur Guéant : n’allez pas raconter ça sur les ronds-points.

D’autant que l’ancien ministre a encore une batterie de casseroles aux fesses. Parmi elles, une affaire de tableaux : deux œuvres du peintre flamand Andries van Eertvelt qu’il aurait vendues à un avocat malaisien pour la coquette somme de 500.000 euros quand ils n’en valent pas plus que 50.000, disent les experts. Somme trouvée sur son compte bancaire dans le cadre de la perquisition sur le financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

Impliqué aussi dans l’affaire Tapie, accusé d’avoir conservé du mobilier national ou encore favorisé des emplois fictifs, le zélé « commis de l’État » n’est peut-être pas au bout de ses peines (de prison).

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