Editoriaux - Santé - Table - 3 juin 2018

La circoncision en question : faut-il trancher, je tranche !

Quand j’étais externe en chirurgie, la question se posait de la prise en charge financière des circoncisions rituelles à l’hôpital. Officiellement c’était non, mais en pratique, dans les établissements à forte fréquentation d’immigrés, une proportion étonnante de prépuces trop serrés ou d’infections plus ou moins évidentes permettait de mettre sur le compte de la Sécu des opérations sans liens réels avec la moindre pathologie. C’était les Trente Glorieuses… Mais aujourd’hui, ce ne sont plus des considérations financières autour de cet acte qui agitent l’Europe du Nord, mais bien la question de sa légalité.

Au Danemark, en effet, une initiative populaire a recueilli le nombre de voix suffisant pour introduire une procédure d’interdiction. Tandis qu’en Islande, un projet de loi d’interdiction de la circoncision d’un député est soutenu par cinq formations au Parlement, y compris le parti vert du Premier ministre Katrin Jakobsdóttir.

Sur le plan strictement sanitaire, il n’est plus acceptable que l’ablation du prépuce s’effectue de nos jours hors d’un cadre chirurgical, sans asepsie ni anesthésie, surtout à un âge tardif. Quant à son intérêt, plusieurs études ont montré qu’il permettrait de réduire la propagation du SIDA de moitié pour le partenaire masculin lors des rapports vaginaux, ce qui n’est pas négligeable dans certaines régions du monde. Et dès avant le SIDA, en dehors de toute considération religieuse, la circoncision était déjà très largement répandue aux États-Unis et dans le Commonwealth – à commencer par la famille royale d’Angleterre…

Reste donc la question de sa légalité, dans une Europe qui brandit sans arrêt le sabre de carton de la laïcité, face au blindage d’un communautarisme religieux pourtant de plus en plus toléré. « Nous estimons que l’intégrité corporelle des enfants et leur autonomie doivent être respectées », claironne la présidente de l’ONG à l’origine de la pétition, rappelant que les châtiments corporels ont été interdits au Danemark en 1997 : « Si les parents n’ont pas le droit de fesser ou gifler leurs enfants, pourquoi peuvent-ils approcher un couteau de leur pénis ? » Il est permis de juger la comparaison hasardeuse, tout comme l’exigence de la même peine (jusqu’à six ans de prison !) que pour l’excision des filles. Il suffit de considérer la fonction plutôt que l’organe pour en comprendre l’absurdité : les mutilations génitales féminines sont faites expressément pour diminuer le plaisir féminin, alors que la circoncision n’a aucun effet sur la jouissance masculine.

Pour les juifs, c’est le signe physique de l’alliance avec Dieu, celui de l’appartenance à son peuple. Qui croira qu’après plus de cinq millénaires, une loi votée par les humains de tout petits pays soit, à leurs yeux, susceptible de remettre cette exigence en question ? Quant à l’islam, la circoncision n’est pas un de ses cinq pilers, mais plutôt une traduction très fortement ancrée. Ce qui ne suffira très probablement pas pour que beaucoup de musulmans obtempèrent plus à une loi « d’incroyants » qu’à certaines autres.

Au total, donc, si la circoncision est interdite par la loi, elle ira se faire à l’étranger pour les plus riches, et retournera… dans la salle de bains pour les autres ! Comme Montesquieu l’avait bien vu, « les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires ».

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