Cinéma - Culture - Editoriaux - 15 février 2019

Cinéma : Une intime conviction, éloge de la présomption d’innocence

Avec son premier long-métrage, Une intime conviction, Antoine Raimbault nous propose une réécriture habile et inattendue du procès en appel de Jacques Viguier.

Inattendue en cela que, l’événement étant relativement récent (2010) et s’étant soldé par un acquittement que beaucoup encore contestent, il était évidemment délicat pour le cinéaste de s’y frotter, d’autant que la disparition de Suzanne Viguier n’a toujours pas été élucidée à ce jour. Antoine Raimbault le dit sans détour en interview, cette « intime conviction » de l’innocence de Jacques Viguier qu’évoque le titre est d’abord la sienne, bien qu’il la fasse porter dans le film par un personnage fictif.

Nora, restauratrice incarnée à l’écran par Marina Foïs, était jurée sur le premier procès de Viguier (Laurent Lucas, taciturne et impénétrable). Un procès durant lequel elle acquit la certitude de l’innocence du professeur de droit dans la disparition de son épouse, et qui déboucha sur un acquittement. Depuis, elle entretient un lien avec l’accusé en faisant régulièrement appel à sa fille pour dispenser des cours particuliers de mathématiques à son fils. Lorsque le procureur général décide, en 2010, de faire appel de la décision de justice, Nora approche la star du barreau Me Éric Dupond-Moretti et lui demande de prendre la défense de Jacques Viguier. Sollicité de toute part, débordé, l’avocat médiatique accepte à la condition que celle-ci décrypte pour lui les centaines d’heures d’écoutes téléphoniques des différents protagonistes de l’affaire (la seule invraisemblance du scénario). On le comprend rapidement, la résolution du film se fera grâce à ces enregistrements, le cinéaste ayant volontairement délaissé les autres éléments du dossier, y compris ceux qui eussent contribué à instiller le moindre doute dans l’esprit du spectateur – on pense, évidemment, au matelas taché de sang.

Le cinéaste – et c’est tout à son honneur – a préféré s’aligner directement sur le verdict du procès et ainsi clamer sans la moindre réserve l’innocence de l’accusé.

Car le film a beau réutiliser les éléments du thriller, son objectif n’est pas tant le jeu de piste et la résolution de l’enquête policière que le rappel en droit du principe de présomption d’innocence. Ainsi, en l’absence de preuve, nous dit-il, le doute doit bénéficier à l’accusé, Jacques Viguier doit donc être innocenté. Un raisonnement logique qui ne plaira pas à tout le monde et avec lequel le personnage même de Nora a parfois un peu de mal, elle qui, après avoir mis au jour les mensonges de l’amant et découvert les pressions qu’il exerçait par téléphone sur les différents témoins, soupçonne fortement Olivier Durandet d’avoir assassiné l’épouse de Viguier. Devant ce trop-plein d’implication émotionnelle de Nora qui confine à l’obsession malsaine et fait l’économie de la rigueur intellectuelle la plus élémentaire, Éric Dupond-Moretti sonne l’alarme à plusieurs reprises, recadre parfois violemment sa partenaire et redéfinit le cap auprès du spectateur : prouver que les charges contre Viguier ne reposent sur rien et obtenir son acquittement. Le reste n’est que suppositions, fantasmes… Le procès n’a pas pour objet de trouver un coupable mais bel et bien d’innocenter un homme.

Dans le rôle de l’avocat bourru et opiniâtre, Olivier Gourmet livre une interprétation tout à fait honnête et, en dépit de son manque de ressemblance physique avec le modèle, parvient aisément à restituer l’essentiel de ses principaux traits de caractère. Son talent peut alors donner toute sa mesure lors du discours final prononcé devant les jurés, la veille des délibérations.

On s’amuse, enfin, de constater qu’Éric Dupond-Moretti, après s’être essayé à plusieurs reprises au métier d’acteur, est à présent devenu un personnage de fiction. La frontière entre la cour d’assises et la scène a rarement semblé si ténue.

4 étoiles sur 5

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