Cinéma : Un peuple et son roi, entre simplifications et ripolinage

La bande-annonce laissait craindre le pire, le film l’évite de justesse…

Avec Un peuple et son roi, le réalisateur Pierre Schoeller, salué par l’ensemble de la critique pour L’Exercice de l’État en 2011, revient deux heures durant sur la désaffection grandissante, tout au long de la période révolutionnaire, de ceux qu’il désigne un peu vite comme le « peuple » français pour le roi Louis XVI, descendant de Hugues Capet et père symbolique de la nation.

Un peu vite, disons-nous, car le cinéaste fait, volontairement ou non, l’économie de l’analyse sociologique la plus élémentaire, ne filme presque jamais l’aristocratie et le clergé et, surtout, élude cette large composante de la population qui, du Midi à l’ouest du territoire – la Provence, le Gard, l’Ardèche, la Lozère, l’Auvergne, la région de Lyon, la Vendée et la Bretagne –, a soutenu le roi jusqu’au bout.

Pierre Schoeller, en bon jacobin, réduit le peuple français à une poignée de Parisiens des faubourgs excités par les discours grandiloquents de la Convention. Le seul « peuple », semble-t-il, qui ait jamais trouvé grâce aux yeux de nos élites intellectuelles et médiatiques…

Dès lors, rien de surprenant à ce que soient passés sous silence les massacres de septembre 1792 par ces mêmes habitants des faubourgs. C’est que là n’est pas le sujet du film, répondra sans doute Pierre Schoeller. Certes, et le cinéaste fait bien de clôturer son récit par la mort du roi ; cela lui évitera d’avoir à traiter l’arrestation, en juin 1793, puis la mise à mort, en octobre de la même année, des 29 députés girondins par la Commune de Paris stipendiée par les chefs de la Montagne. Ainsi donc sont totalement blanchis les sans-culottes dont font partie les personnages principaux du film. Des personnages angélisés, creux, certes incrédules quant à l’avenir politique, mais banals porte-drapeau de la misère populaire aux slogans pompeux et lyriques.

Le roi, lui, n’est pas mieux réussi et, sous les traits de Laurent Lafitte, passe de la digne pudeur à l’abrutissement complet et au ridicule – la scène de grignotage pendant une séance de la Convention offre un parfait exemple de ce que nous avançons.

La mort du roi, nous dit en définitive le cinéaste, est sacrilège, les conséquences en seront lourdes, mais la Révolution doit se poursuivre.

Alors, les événements s’enchaînent sans plus d’explications conjoncturelles, rendus de fait inéluctables (ce qu’ils ne furent, en vérité, à aucun moment). Le tout ponctué de discours plus ou moins célèbres et emphatiques déclamés par Marat, Barnave, Billaud-Varenne, Saint-Just et, bien sûr, les futurs rivaux Danton et Robespierre.

Il résulte de cette articulation permanente entre les séances de l’Assemblée, le destin du roi et le récit fictif des sans-culottes (les anonymes, les sans-grade…) un curieux alliage qui ne prend pas, qui vise manifestement une certaine objectivité mais n’y parvient jamais, tant Pierre Schoeller semble en phase avec cet héritage historique.

Restent de belles trouvailles de mise en scène et une photographie réussie.

2 étoiles sur 5

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