Cinéma - Culture - Editoriaux - Santé - Société - 21 septembre 2018

Cinéma : Première Année, au cœur d’un système compétitif

Thomas Lilti – on s’en souvient – avait déjà fait montre d’une connaissance aiguë du milieu médical et de ses difficultés avec ses précédents longs-métrages Hippocrate et Médecin de campagne, qui tous deux connurent à leur sortie un franc succès critique. Le réalisateur, aujourd’hui, continue de creuser son sillon avec Première Année, dans lequel il retrouve Vincent Lacoste, tête d’affiche d’Hippocrate, en étudiant besogneux et déterminé à réussir sa « troisième première année » de médecine dans un climat hostile de compétition permanente.

Antoine, son personnage, ne manque pas de qualités pour atteindre son but : il est organisé, sérieux, et surtout passionné. Tout le contraire de son nouveau camarade Benjamin, incarné à l’écran par William Lebghil qui, sans trop d’effort ni de réelle motivation, obtient des résultats tout à fait corrects, pour ne pas dire enviables…
Face à cette inégalité naturelle, qui sera peu à peu ressentie par lui comme une véritable injustice, Antoine propose un marché à son camarade : il lui fournira tous ses cours des années précédentes s’il consent à réviser avec lui au quotidien et à le faire progresser dans son apprentissage.

Dès lors, l’enjeu du film est posé : l’amitié des deux étudiants résistera-t-elle à la tension et à la compétition inhérentes aux études de médecine ?

Entre examens blancs et bachotage intensif à la bibliothèque universitaire à l’aide de fiches, de schémas, de Post-it®, d’annales et de moyens mnémotechniques en tous genres, Thomas Lilti réalise un vrai film de combat dans la veine de Rocky – dont il pastiche la scène de footing dans les escaliers – avec ses moments de gloire et ses coups durs, comme lorsque Antoine, revenu de l’hôpital après une crise de surmenage, se voit contraint de rattraper tout son retard en un temps record.

Un film de combat qui voit triompher les valeurs de loyauté, d’empathie, de bienveillance, et s’achève magnifiquement dans le don de soi.

Première Année bénéficie, outre des connaissances du cinéaste pour son sujet, de deux points forts : un sens du rythme évident, qui alterne avec brio le drame et la comédie ; et l’unité de cœur d’un tandem qui fonctionne à merveille – il n’y a qu’à voir, pour s’en convaincre, la sympathie et la complicité qui règnent entre les deux comédiens en interview. Comédiens que nous suivrons de près dans les années à venir.

Par ailleurs, Thomas Lilti a la présence d’esprit de caser, çà et là, quelques éléments sociologiques qui n’ont rien d’anodin. On note, par exemple, qu’Antoine vit chez ses parents en banlieue – des fonctionnaires –, est donc handicapé par ses transports au quotidien qui l’empêchent de réviser ses cours comme il le voudrait ; tandis que Benjamin, fils de chirurgien qui assiste ponctuellement son père durant les opérations, a droit à un appartement à Paris à proximité de l’université. Autant d’éléments qui nous rappellent, si nous l’avions oublié, que l’égalité des chances n’est rien de plus qu’un mythe, ou qu’un vœu pieux…

4 étoiles sur 5

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