Cinéma - Culture - Editoriaux - 15 octobre 2018

Cinéma : Nos batailles, un père seul pour éduquer ses enfants

Alors qu’il est de bon ton, par les temps qui courent, de criminaliser les hommes – porteurs, forcément, de tous les maux de l’Histoire –, et en particulier les Blancs hétérosexuels en voie de prolétarisation, ceux qui constituaient jadis une part importante des classes moyennes et dont les médias ne parlent dorénavant que pour en condamner le « racisme » et le « machisme » supposés, le cinéaste Guillaume Senez nous livre, avec Nos batailles, un film pour le moins dissonant. Un film qui rappelle innocemment que les épouses ne font pas toujours de bonnes mères et que les maris savent parfois prendre leurs responsabilités pour faire de très bons pères.

Incarné à l’écran par Romain Duris, Olivier travaille en usine en tant que chef d’équipe pour une entreprise de distribution en ligne. Amené, de par ses fonctions, à devoir défendre au quotidien les intérêts de ses subordonnés soumis aux impératifs de rendement exigés par la direction, Olivier sait qu’il peut compter, à la maison, sur le soutien de Laura, son épouse, qui, en plus de son travail en tant que vendeuse dans une boutique de prêt-à-porter, assure pratiquement seule l’éducation des enfants. Du jour au lendemain, pourtant, Laura disparaît sans plus d’explications. Le cinéaste nous donne bien quelques pistes mais cultive à dessein notre frustration pour mieux nous communiquer celle d’Olivier qui est à présent seul, contraint de naviguer à vue entre ses responsabilités professionnelles et familiales. Très vite, la nécessité de gérer le quotidien avec les enfants prend le pas sur l’apitoiement, sur l’incompréhension, le ressentiment et l’espoir de voir un jour revenir Laura. Olivier doit être fort et, bien que soutenu par sa mère et par sa sœur (Lætitia Dosch, attachante et magnétique à souhait), n’a droit à aucun répit. Il en va de l’équilibre de ses enfants auxquels Olivier ne peut confier son désarroi.

Nos batailles nous fait penser tout du long à Anche libero va bene, magnifique film italien réalisé et interprété par Kim Rossi Stuart en 2006. Sa thématique est rigoureusement la même (un père doit s’occuper seul de ses enfants après le départ d’une mère dont on ne sait si elle reviendra), seul diffère le point de vue. Dans le film italien, le fils occupait le centre des préoccupations ; dans celui-ci, il s’agit du père. La grande force du film de Kim Rossi Stuart résidait, en partie, dans le développement de ses personnages secondaires (le père et la sœur), renforçant le sentiment d’unité des trois laissés-pour-compte. Hélas, le film de Guillaume Senez ne parvient pas à en faire autant, les personnages secondaires (à savoir les enfants d’Olivier) ne sont pas suffisamment développés, en dépit du potentiel indéniable des jeunes acteurs et de leur qualité de jeu irréprochable. Le cinéaste mise tout sur Romain Duris, travaille son quotidien et sa psyché, mais réduit les enfants à n’être que des enfants, sans la moindre originalité réelle. Cela n’entame en rien, cependant, l’émotion suscitée par le film. Une émotion qui n’est, d’ailleurs, jamais sollicitée ostensiblement par des musiques ou des procédés de mise en scène, et c’est appréciable.

Enfin, second et dernier reproche : les intérieurs hypermodernes et spacieux tout d’inox et de mobilier suédois ne nous aident pas à croire à ce portrait d’ouvrier en proie aux ennuis financiers…

À voir tout de même.

3 étoiles sur 5

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