Cinéma - Culture - Editoriaux - 2 novembre 2018

Cinéma : Le Grand Bain, à la reconquête de la dignité perdue

Troisième long-métrage réalisé par le comédien Gilles Lellouche, Le Grand Bain, actuellement en salles, raconte avec humour le projet délirant de huit personnages plus ou moins paumés socialement, engagés dans une équipe de natation synchronisée masculine et déterminés – pourquoi pas – à remporter le championnat du monde.

Bertrand, incarné à l’écran par Mathieu Amalric, n’a pas travaillé depuis deux ans et, malgré le soutien sans faille de son épouse, souffre de dépression lorsqu’il décide sur un coup de tête de quitter son canapé et d’abandonner Candy Crush pour s’inscrire dans l’équipe locale de natation. Sur place, il fait, entre autres, la connaissance de Thierry (Philippe Katerine), un homme-enfant farfelu, puceau et un peu nigaud ; de Laurent (Guillaume Canet), aussi acariâtre et cinglant que manquant de confiance en soi ; de Marcus (Benoît Poelvoorde), gérant de boutique roublard et foireux sur le point de faire couler sa quatrième entreprise ; et de Simon (Jean-Hugues Anglade), rocker raté des salles des fêtes, prisonnier des années 80 et « dame de cantine » au lycée où étudie sa fille Lola, honteuse.

Pour les encadrer, les membres de l’équipe peuvent heureusement compter sur Delphine (Virginie Efira), entraîneur alcoolo et gloire passée de la natation synchronisée ; et enfin sur Amanda, sa partenaire de jadis qui, à présent en fauteuil roulant, se comporte avec eux comme l’instructeur tyrannique de Full Metal Jacket.

Ensemble, les huit nageurs et leurs deux entraîneurs, au fil de cocasses péripéties, accompliront l’impossible et transcenderont leurs problèmes respectifs à travers un projet collectif pour le moins absurde auquel personne, dans leur entourage, ne croit véritablement. Il y va, pour chacun, de sa propre estime, étant hors de question de se satisfaire indéfiniment du statut de victime.

Avec ce film choral, Gilles Lellouche réunit une troupe d’acteurs solides, habitués à tenir à eux seuls des rôles principaux au cinéma, et s’aventure sur les terres de la comédie anglaise The Full Monty (à moins qu’il ne s’agisse de Rasta Rockett ?) – la dimension sociale en moins. Dans le film anglais porté par Robert Carlyle et Tom Wilkinson, nous suivions, en effet, une bande de chômeurs partis à la reconquête de leur virilité perdue à travers un spectacle de Chippendales. Dans Le Grand Bain, nos compétiteurs poursuivent un but similaire, à la différence près qu’il est davantage question, ici, de dignité que de virilité, de maîtrise sur son existence que de gains financiers. Le résultat est tout aussi cathartique pour les personnages et galvanisant pour le spectateur qui suit avec un enthousiasme rieur la progression de ces dix canards boiteux jusqu’à l’échéance du championnat.

Le cinéaste livre, en définitive, un film réjouissant, drôle et touchant, bien qu’un poil caricatural dans l’écriture des différents protagonistes.

À voir en famille.

4 étoiles sur 5

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