Cinéma

Le cinéma français actuel ? Un très mauvais film catastrophe !


Magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole

 

Le Festival de Cannes n’intéresse guère que le monde du cinéma stricto sensu. Producteurs, réalisateurs, acteurs et critiques apposent leur grille de vision en espérant que le profane, plus tard, l’approuvera. Là est le risque. Le public ne suit pas forcément les conseils des spécialistes.

Il y a des exceptions, pourtant, et parfois même de bons films. Mais si on est un amateur de cinéma, on voit bien quels ingrédients sont nécessaires au cinéma français d’aujourd’hui pour plaire sinon aux spectateurs du moins à l’élite à la dernière mode artistique qui juge, célèbre ou démolit souverainement.

Un cours de cinéma comme il y a des cours de cuisine. Quelques éléments indispensables sans lesquels l’œuvre, peut-être, ne serait que tristement plaisante ou même classiquement belle.

D’abord une histoire sans souffle ni élan. La quotidienneté réduite à sa plus simple expression, à sa traduction la plus basique. Un réalisme qui ne transcende pas les êtres et les choses mais les abaisse autant que possible.

Des dialogues quelquefois acceptables quand on a la chance de les entendre et de les comprendre. Mais, la plupart du temps, le son est délibérément catastrophique et l’articulation des acteurs contraint à une forme d’ascèse. Tendre l’oreille ne suffit pas : il m’est arrivé, ainsi, de perdre au bas mot la moitié d’un film. Toujours cette obsession absurde de vouloir faire « vrai » en pire !

Il est nécessaire de favoriser le voyeurisme du spectateur en montrant de manière ostensible comment les personnages font l’amour. L’allusion, la finesse et l’élégance seraient insupportables. Le comble de l’audace – sinon, on est ringard – est de ne nous priver de rien, même si ces scènes, dans leur crudité, n’apportent rigoureusement rien au développement de l’histoire. Quand elle est intelligible.

La nudité est indispensable. On constate que les acteurs sont comme tout le monde. Rien de ce qui est inutile n’est étranger à la convention moderniste et à la banalisation forcenée.

Le prosaïsme va plus loin. Il est capital, ici ou là, de nous signifier que les protagonistes du film ont, comme tout le monde, besoin d’aller aux toilettes. On a le droit de s’interroger sur la nécessité de telles séquences, mais puisque c’est du progressisme, on n’a pas le choix : il faut admirer.

Un film français, aujourd’hui, ne peut pas prétendre à un label enthousiaste de la part des « connaisseurs » si l’homosexualité n’est pas une donnée consubstantielle au récit. Sans le moindre goût pour la litote, évidemment.

Cette relation est incomplète qui pourrait être affinée par d’autres préciosités – elles peuvent être celles du ridicule ou du sordide – mais en ayant forcé le trait, il me semble que j’ai résumé le pire d’une invention cinématographique qui s’impose un certain nombre de règles et d’obligations, non pas comme au XVIIe siècle pour favoriser le génie de la création classique, mais pour complaire à un prurit de la provocation qui, systématique, est devenu un conformisme plus accablant encore.

Cette dérive va être accentuée par la chape de plomb qui pèsera désormais, au nom de la parité, sur l’imagination même la plus débridée. Bientôt, il ne sera plus admissible de n’avoir pas autant de personnages féminins que masculins dans une histoire. On a déjà entendu une association féministe militante réclamer la parité absolue pour les réalisateurs. Il conviendra de dénicher à toute force des femmes réalisatrices pour que nous ayons sinon le sentiment de la qualité, du moins celui de l’équité bête et mécanique.

J’admets que les actrices de couleur ont des raisons de se plaindre, tant certaines réactions peuvent être offensantes à leur égard, mais sur ce plan également, passer de cette légitime dénonciation à l’obligation de les engager pour faire nombre et diversité me paraît abusif.

Un cauchemar, une caricature. Dans quelque temps on exigera que le public soit composé à parité de femmes et d’hommes.

L’étonnant est qu’on va avec gaîté de cœur et d’esprit vers le désastre. L’art n’est plus l’expression libre, imprévisible, talentueuse ou non, de tempéraments qui aspirent à offrir de l’universel à ceux qui en ont besoin pour mieux comprendre leur existence ; et sortir des salles de cinéma enthousiastes, que le film ait été sombre ou drôle…

Le corset périphérique va de plus en plus enserrer la création, au point que l’accessoire étouffant va détourner de la seule interrogation qui vaille, essentielle : est-ce un bon, un grand film ou une médiocrité qui n’aurait jamais dû voir le jour ?

Extrait de : Justice au Singulier

Magistrat honoraire et président de l'Institut de la parole

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