Cinéma : Dunkerque, de Christopher Nolan, pour la beauté du style

 

D’origine britannique, le cinéaste Christopher Nolan appartient à cette catégorie de metteurs en scène qui abordent tous les genres sans complexe, loin de ces réalisateurs pontifiants, contemplant leur nombril avec extase et remuant surtout du vide. Pas étonnant que ses modèles soient, entre autres, Fritz Lang ou Stanley Kubrick.

Qu’il s’agisse d’un milliardaire taciturne se déguisant en chauve-souris pour ensuite se frotter à des psychopathes de premier choix – les trois Batman –, d’un duel au sommet entre deux prestidigitateurs – Le Prestige –, d’une incursion dans les mondes virtuels – Inception – ou d’une exploration spatio-temporelle – Interstellar –, ce réalisateur d’exception promène le spectateur dans son imaginaire foisonnant et terriblement attractif.

Avec Dunkerque – dont il est, comme pour la plupart de ses films, scénariste –, Nolan réduit la narration à sa plus simple expression, comme si relater l’opération Dynamo – rembarquement, en mai 1940, des forces alliées encerclées par l’armée allemande – commandait une économie de paroles, par un souci de pudeur, voire de recueillement.

Parti pris ingénieux et redoutablement efficace, l’ennemi est absent, seulement figuré à travers les balles, obus, bombes aériennes et torpilles qu’il tire sur ces soldats vaincus qui ne cherchent qu’à rentrer chez eux. Tout juste des Allemands apparaissent-il à un moment, floutés, tels des monstres fantastiques. Car le récit se focalise presque exclusivement sur les soldats britanniques, tellement accrochés à la vie, dont la mère patrie se trouve juste de l’autre côté des flots… on pourrait presque la voir.

Et puis il y a cette musique oppressante signée Hans Zimmer, un compositeur prodige qui a l’habitude de travailler avec Nolan. Une musique qui se mue parfois en cri et se substitue au silence effaré des personnages.

À noter que « le nouveau film du réalisateur de Interstellar fait face à une petite polémique en France. Car bien que salué pour son esthétisme et l’expérience immersive qu’il fait vivre aux spectateurs, Dunkerque divise quant à l’importance qu’il donne aux soldats français au cours de l’opération Dynamo, sous-représentés par rapport à la réalité historique » (Slate.fr).

Bien sûr, la stricte exactitude historique est ici écornée, mais s’interdit-on de lire la trilogie des Mousquetaires de Dumas parce qu’infidèle à la vérité ? Au fait, le Christ n’a jamais guéri de la lèpre la mère et la sœur d’un certain Judah Ben-Hur !

Dunkerque est une expérience visuelle et auditive unique. Il est aussi un drame collectif sur lequel plane toutefois l’espoir, incarné par un peuple uni pour sauver ses enfants et reprendre ensuite le combat afin de préserver une identité et une terre propres, même si cela implique de verser « du sang et des larmes », selon la fameuse promesse du Premier ministre anglais d’alors, Winston Churchill.

Ce long-métrage est, selon moi, une ode à l’unité nationale, et sans unité, point de nation durable.

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