Quand Alain Finkielkraut prend la « judéosphère » à contre-pied…

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C’est peu dire que l’abstention des États-Unis lors du vote de la résolution 2334 au Conseil de sécurité de l’ONU, résolution condamnant fermement la poursuite des implantations de peuplement en territoire palestinien, a provoqué l’ire d’Israël, gouvernement et opposition réunis, des Français juifs et des amis d’Israël chez nous comme ailleurs. Dans la presse internationale, John Kerry et Barack Obama ont été cloués au pilori et, sur les réseaux sociaux, les accusations d’antisémitisme ont fusé comme des orgues de Staline, au point que le Premier ministre australien, à qui personne ne demandait rien, a cru bon de dire que son pays – s’il avait pu prendre part au vote – n’aurait jamais voté cette résolution.

Certes, le coup est rude pour Israël, mais s’apparente davantage à une blessure d’orgueil qu’à un tournant décisif, un épisode de plus dans la longue série de coups bas échangés entre deux hommes au sang chaud qui ne s’aiment pas mais qui, l’un comme l’autre, sont à la tête de deux pays indéfectiblement amis. Aussi, j’attendais avec une certaine curiosité l’intervention d’Alain Finkielkraut dans l’émission « L’Esprit de l’escalier » sur RCJ à ce sujet. Ô surprise, voilà que le philosophe le plus médiatique de France, prenant tout le monde à contre-pied, nous fit l’éloge de John Kerry et qualifia le discours que le secrétaire d’État avait prononcé pour expliquer le vote américain de rien moins que d’admirable (sic).

En prenant cette position risquée, Alain Finkielkraut non seulement fait preuve de courage mais nous ramène à ce qui conditionne la réflexion du philosophe : l’objectivité. En une phrase courte mais capitale tirée du discours de John Kerry, phrase qu’il revendique intégralement, Alain Finkielkraut pose le problème du conflit israélo-palestinien dans sa dimension politique, loin des émotions et du parti pris :

« La seule solution viable pour Israël, c’est la solution à deux États ; dans une solution à un seul État, Israël ne peut pas rester simultanément un État juif et une démocratie.

Face à Élisabeth Levy qui semble embarrassée, il explique sa pensée : le statu quo n’est pas acceptable. Et de citer une autre phrase de John Kerry : « Quel Israélien accepterait de vivre dans ces conditions ? », faisant référence à un territoire coupé en deux. Quant à l’annexion pure et simple, elle impliquerait soit de réserver aux Palestiniens un statut particulier, à les priver d’un certain nombre de droits politiques, en somme à instaurer un régime d’apartheid, soit de leur donner les mêmes droits qu’aux juifs et rapidement, du fait du déséquilibre démographique entre les deux communautés, Israël perdrait son caractère d’État juif, qui est sa raison d’être.

Dans la seconde partie de son intervention, Alain Finkielkraut revient sur l’assassinat de sang-froid d’un terroriste palestinien par le soldat Elor Azaria. Elor Azaria a été condamné par un tribunal militaire mais des manifestations de rue importantes ont eu lieu contre cette sentence au cours desquelles des menaces de mort à peine voilées ont été proférées contre les juges et contre le chef d’état-major de l’armée qui avait convoqué la cour martiale. Finkielkraut y voit « l’effet lentement corrupteur de l’occupation, et la perte des repères moraux » et, dans une analyse très personnelle, le remplacement progressif de la religion surmoïque – le judaïsme – par une religion nationale où tout serait permis.

Alain Finkielkraut en conclut qu’Israël n’a plus la sérénité suffisante pour traiter seul la question palestinienne et qu’il revient à ses amis de lui forcer la main, pour son propre bien. Une conclusion qui sonne comme une claque monumentale à l’adresse de tous ceux qui ne tolèrent pas que, pour une fois, on puisse leur dire NON !

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