Commerce extérieur : ce déficit chronique dont on ne parle jamais

Gestionnaire de fonds d’investissement
 

Parmi tous les effets pervers de l’euro – et Dieu sait s’ils sont nombreux -, il en est un dont on ne parle jamais, celui de nous faire oublier le déficit chronique de notre balance commerciale, puisqu’il n’y a plus à se préoccuper de la parité du franc. Il faut le regretter car cet indicateur est celui qui nous permet le mieux d’apprécier le dynamisme du secteur privé marchand. Petite consolation : une monnaie commune à dix-neuf États offre l’avantage de faciliter les comparaisons puisque le change n’intervient pas. Le résultat est que la France est, en ce qui concerne le commerce extérieur, au moins autant le mauvais élève de l’Europe que pour l’emploi, et cela dure depuis des décennies.

Longtemps, notre pays est resté dans la logique qui conduisait les entreprises françaises à ne pas faire d’efforts de compétitivité suffisants, persuadées de pouvoir obtenir un coup de pouce de l’État sous la forme d’une dévaluation. Les partisans (honnêtes) de l’euro pensaient que, privées de cet avantage, elles allaient imiter leurs concurrents allemands et monter en gamme, pour se focaliser sur la compétitivité hors-prix.

Trente ans plus tard, le constat s’impose : c’est un échec. Pourquoi ? Le motif couramment évoqué est qu’entre-temps, l’Allemagne a aussi gagné en compétitivité (plan Schröder). C’est vrai mais ça n’explique pas pourquoi la France est à la traîne des autres pays. Au cours des quelque vingt années passées en Extrême-Orient, la zone qui à elle seule a tiré 80 % de la croissance mondiale sur à peu près la même période, j’ai pu observer deux choses.

Tout d’abord, les Asiatiques font plus confiance à la réputation des entreprises qu’à leur propre jugement. Cela tient à des raisons culturelles, et ça offre l’avantage d’aller vite ; or, ce sont des gens pressés. Plutôt que de chercher à concurrencer l’Allemagne sur ses points forts, la France aurait dû concentrer ses efforts sur les secteurs où, pour des raisons diverses – historiques, le plus souvent -, elle est attendue comme un modèle d’excellence. Je pense à la filière agro-alimentaire, au luxe, deux secteurs où elle aurait pu faire beaucoup mieux, mais aussi au secteur du bâtiment, du meuble, du prêt-à-porter, des logiciels informatiques, des instruments de mesure, etc., autant de secteurs propres aux PME et sur lesquels Italiens et, depuis peu, Espagnols font incomparablement mieux.

Ma seconde observation est plus subjective. Les Français à l’export n’adoptent pas toujours la bonne attitude pour emporter le marché face à la concurrence. Ce n’est pas ici la barrière de la langue qui pose un problème, puisque cet obstacle est le même pour tous, mais plutôt une forme d’arrogance qui est en décalage avec la qualité réelle des produits proposés et aussi une rigidité sur les spécifications et une méconnaissance des codes locaux qui décourage les acheteurs et les incitent à aller voir ailleurs.

Ce serait, toutefois, une erreur d’imputer au seul mauvais positionnement à l’export le déficit chronique de notre commerce extérieur. Cette mauvaise performance provient des deux côtés de la balance : la France n’exporte pas assez mais aussi importe trop, par exemple 30 % de plus que l’Italie et 40 % de plus que l’Espagne par habitant. Une raison parmi d’autres provient du fait que la production française est positionnée trop haut en gamme par rapport au niveau de vie réel des Français et la part importante d’une population issue de l’immigration ne fait qu’aggraver cette situation, notamment dans le secteur de l’alimentation, qui représente le gros des dépenses des ménages à faibles revenus. Une autre raison réside dans l’importance des revenus distribués par l’État sans contrepartie en travail.

En somme, la France se croit plus forte qu’elle ne l’est et vit au-dessus de ses moyens, tel un boxeur qui combat – à cause de son embonpoint – dans une catégorie au-dessus de celle qui devrait naturellement être la sienne.

Like
Like Love Haha Wow Sad Angry
2621

Recevez gratuitement nos articles !


AUJOURD'HUI SUR BOULEVARD VOLTAIRE

SOUVENIRS

Les commentaires sur cette page sont fermés.

Vues : Array