Najat se renie en fustigeant la sélection

Professeur agrégé et écrivain
 

Qu’on se le dise ! Madame Vallaud-Belkacem est contre toute sélection, quelle qu’elle soit, et surtout à l’université ! Alors que le Conseil d’État avait déclaré qu’une faculté n’avait pas le droit de choisir ses étudiants en master, non pour une raison de fond mais uniquement parce que l’État (insouciant !) n’avait pas pris le décret nécessaire, la ministre de l’Éducation a déclaré qu’on pouvait compter sur elle pour que la liste des filières autorisées à sélectionner soit la plus courte possible et juste réservée au master deuxième année. Un étudiant va pouvoir s’inscrire au master première année de son choix.

Madame Belkacem a fustigé la sélection dans une diatribe enflammée. Les présidents d’université sont furieux. Ils rappellent, avec raison, que les places en master sont limitées, à la fois pour des questions de moyens et surtout de débouchés. Ils prennent pour exemple une formation mise en place avec les éditeurs. Le nombre de stages offerts par les professionnels sera forcément limité. Ouvrir à tout le monde, sans discernement, l’accès à ce master revient tout simplement à le tuer (il est un miroir aux alouettes pour les littéraires, tant travailler dans le monde de l’édition est tentant) !

Une génération d’étudiants comprend 800.000 personnes. Il y a, au grand maximum, 250.000 postes destinés à des personnes ayant un diplôme supérieur ou égal à la licence Et encore, parmi ces places de « cadres », beaucoup sont rémunérées à peine au-dessus du SMIC ! La sélection est donc obligatoire pour passer de 800.000 à 250.000 ! Sinon, comment fait-on ? On tire au sort ? Comme actuellement pour devenir professeur de sport ? En fait, dans une société sans sélection, on accède au travail uniquement par relations. Si on a dix candidats parfaitement diplômés pour un seul poste, on choisit celui qui est recommandé, sachant que probablement on aura un retour de manivelle. Le résultat est effrayant ! Les classes modestes sont laminées par ce système. Il n’y a aucun ascenseur social.

Le refus de la sélection est, en fait, une vieille revendication des classes aisées. Ainsi, leurs rejetons, aussi médiocres qu’ils soient sur le plan scolaire, peuvent décrocher le parchemin qui leur permet d’accéder sans nul effort de leur part aux postes les mieux rémunérés. Madame Belkacem est pourtant issue d’un système sélectif. Si elle a fait une belle carrière malgré la modestie de ses origines, c’est uniquement parce qu’elle a été sélectionnée par une filière où il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus : Sciences Po Paris. Si n’importe qui avait le droit de s’inscrire dans cet établissement d’élite, sans considération des notes obtenues, soit un tirage au sort aurait été mis en place, soit plus sûrement l’entrée se ferait sur recommandation. En tout cas, madame Belkacem n’aurait eu que peu de chances d’y entrer et elle n’aurait pas fait la carrière que nous connaissons. Pourquoi crache-t-elle contre son camp et contre elle-même ?

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