15 janvier 2016

Pour les chrétiens d’Orient, l’avenir s’annonce bien sombre

C’est le troisième hiver que je passe en Syrie, aux côtés de chrétiens d’Orient menacés et à la rencontre d’un peuple tout entier qui traverse la pire des épreuves. Un contexte riche d’enseignement pour ceux qui ont compris les contours de la menace qui se dessine désormais sur notre propre terre.

En circulant dans Damas, le claquement sourd des tirs de canon de l’armée arabe syrienne se fait plus rare. Les check points sont aussi moins nombreux, mais la vigilance qui a permis à la ville d’être relativement épargnée par les attentats est toujours de mise. Dans les rues et les cafés du pays, on croise des Syriens insouciants et unis. Pourtant avant la guerre, certains soutenaient les manifestations d’opposition. Beaucoup avaient un regard critique sur le régime. Un regard considéré aujourd’hui comme un caprice, quand la Syrie était encore en paix et que certains s’impatientaient des réformes. Désormais, ils savent tous que dans les pays multiconfessionnels, les envies trop pressées de changement se transforment en chaos sanguinaire et en terrain de jeu des puissances étrangères. En zone gouvernementale, sans forcément croire en sa perfection, tous les Syriens soutiennent aujourd’hui le gouvernement de Bachar el-Assad, dernier garant de l’unité du pays et unique bouclier face aux barbares.

Côté militaire, l’intervention russe a redonné espoir et respiration à une armée qui multiplie les avancées sur le terrain malgré sa fatigue et ses faiblesses en hommes et en matériel.

En traversant les villages de montagnes alaouites du nord-ouest du pays, on se rend mieux compte de l’hécatombe. Devant chaque maison, chaque immeuble, trône fièrement le portrait d’un jeune soldat tombé en « martyr ». Un risque que refuse de prendre la grande majorité des jeunes Syriens, qui choisissent de quitter le pays avant l’âge du service militaire. Un comportement lâche, égoïste, ni justifiable, ni compréhensible.

Comment peut-on abandonner son pays au sort de l’État islamique ? Comment peut-on redouter la victoire des terroristes tout en refusant de les combattre ? Peut-être car leur jeunesse n’est pas si différente de la nôtre. Son sens du devoir est endormi par l’individualisme et l’occidentalisation accélérée, lessivé par les écrans, zombifié par Facebook. Si l’on ne peut rien faire contre ceux qui refusent de se battre pour leur pays, alors je me dis qu’il est de notre devoir de soutenir ceux qui restent les armes à la main.

Pour la communauté chrétienne, l’avenir s’annonce bien sombre. Certains se sentent trahis par l’ancien voisin musulman. La réconciliation apparaît compliquée, beaucoup ne pardonneront plus, d’autres n’ont plus rien. C’est le cas de Georges, croisé dans ce qu’il reste de Qousseir, c’est-à-dire un monceau de ruines. Autour d’un thé improvisé, il me raconte qu’il a perdu sa femme, sa fille, ses magasins avant d’être kidnappé par Al-Nosra. Il est désormais à moitié sourd à cause des tirs. Il conspue Obama, Hollande jusqu’aux larmes. Il sait bien que je m’oppose à notre gouvernement, mais je me sens tout de même honteux. Chez les chrétiens, l’immense douleur a même fait perdre la foi à quelques-uns. La crise des vocations n’épargne plus le clergé. Persécuté à l’extérieur, affaibli à l’intérieur par les mêmes maux qui touchent ceux d’Europe, le futur des chrétiens d’Orient sur leur terre est plus que compromis. Et ce n’est pas dans un Liban aux portes de la guerre civile qu’il pourront trouver refuge. Cela ne nous dispense pas pour autant de tout faire pour les aider à tenir, chez eux.

Je quitte la région, persuadé qu’elle ne sortira jamais vraiment de la guerre. Idéalement, seul un soutien total des grandes puissances mondiales aux régimes laïcs pourrait apporter un semblant de paix entre les communautés. Mais il est trop tard pour que cette solution soit viable, d’autant que ce n’est pas vraiment la stratégie adoptée, bien au contraire. De plus, l’évolution démographique et le réveil identitaire ne semblent plus le permettre. Aujourd’hui, seul un Moyen-Orient séparé en États ethno-confessionnels pourrait apporter une paix à long terme dans la région. C’était le funeste projet des Américains…

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