Discours - Editoriaux - Histoire - International - Médias - Table - 8 septembre 2015

Les Chinois aiment la paix… mais il ne faut pas leur casser les pieds

Les Chinois aiment la paix, déclara cérémonieusement le président chinois Xi Jinping dans un discours télévisé jeudi dernier. « La Chine ne recherchera jamais l’hégémonie ou l’expansion. Elle n’infligera jamais ses souffrances passées à aucune autre nation. »

Sur la place Tian’anmen, la Chine commémorait en grandes pompes le 70e anniversaire de « la victoire contre l’agression japonaise » en présence de 31 chefs d’État étrangers ou de leurs représentants. Aucun officiel japonais n’était présent, aucun allié des États-Unis non plus. Vladimir Poutine, l’hôte de marque à la droite du président chinois, sembla apprécier le grandiose défilé militaire, en connaisseur. Des délégations de 17 pays invités furent aussi passées en revue.

Rien ne fut laissé au hasard pour la plus grande parade militaire de l’histoire chinoise : on avait fait fermer 10.000 usines, arrêter les véhicules et les trains afin de diminuer la pollution atmosphérique ; 850.000 gardes-citoyens étaient mobilisés pour sécuriser chaque rue de la capitale, les réseaux Wi-Fi coupés ; même le ciel, d’un bleu azur, sembla se plier aux exigences du grand Parti communiste chinois.

Xi Jinping rappela la grandeur de la nation, héritière de 5.000 ans de civilisation, et évoqua avec fierté le triomphe de la Chine dans la « guerre mondiale contre le fascisme ». Le président chinois annonça ensuite que l’Armée populaire de libération, qui avec ses 2,3 millions d’hommes est la plus grande du monde en termes d’effectifs, allait réduire ses effectifs de 300.000 hommes. Ces coupes n’entameront en rien les capacités opérationnelles de l’armée chinoise.

Cette annonce survenait au milieu d’un discours aux accents patriotiques mais en même temps étrangement pacifistes : Xi Jinping utilisa les mots « paix » ou « paisible » pas moins de 17 fois afin de marquer les esprits. La puissante Chine n’aurait pas d’intentions agressives vis-à-vis du reste du monde. Pourtant, son budget de la Défense est en constante augmentation, plaçant le pays en deuxième position après les États-Unis, et les tensions en mer de Chine avec les pays voisins se multiplient ces dernières années.

Xi Jinping, président depuis mars 2013, est le leader de la faction des « princes rouges », ces familles de hauts dirigeants communistes qui forment une véritable aristocratie en Chine. Le pays leur appartient littéralement et ils sont au-dessus du commun des mortels : les médias n’ont même pas le droit d’évoquer leurs noms. Xi Jinping consolide son pouvoir sur l’appareil d’État, il est devenu l’un des plus puissants dirigeants de la Chine depuis Mao Tsé-toung.

Deux heures de spectacle, 12.000 soldats, 200 avions et hélicoptères, des centaines de blindés, des lanceurs mobiles de missiles balistiques intercontinentaux pouvant atteindre les États-Unis ; pour tous les observateurs, le message était clair : la Chine aspire certes à la paix, mais mieux vaut ne pas trop venir la chercher… Et ce ne sont pas les 70.000 colombes lâchées en fin de défilé qui vont atténuer ce sentiment.

À lire aussi

Comment réagir face à une attaque terroriste ?

Si dans certains cas la fuite est la meilleure des solutions, dans d'autres, la résistance…