Le chef, c’est moi

Journaliste

Ancien directeur des rédactions de l’Agence Gamma

 

Ce matin du 14 juillet, devant mon écran de télévision exceptionnellement allumé, je me suis pris à regarder notre nouveau Président avec un œil nouveau. Depuis janvier, mes critiques à son égard sont multiples et justifiées. Je l’ai même appelé, ici même, notre jeune blanc-bec. Mais là, détaillant son attitude alors qu’il descendait les Champs-Élysées et qu’il regardait les troupes défiler devant lui, sur la place de la Concorde, je me suis surpris à penser, tout haut : « Il est peut-être pas mal, le petit Macron. » Il avait un sourire et un regard admiratifs.

Je ne sais pas s’il a eu sa part dans la mise en scène de cette parade annuelle, mais j’avoue qu’avoir invité Donald Trump, si décrié par la presse française qui lui avait préféré Hillary Clinton, puis avoir convié quelques centaines de soldats américains à ouvrir le défilé du 14 Juillet, n’a pas été pour me déplaire. Et ces deux immenses drapeaux français et américain côte à côte barrant l’avenue des Champs-Élysées était un symbole formidable, qui m’a laissé croire que, finalement, Macron, malgré sa jeunesse et son inexpérience, pouvait ne pas être un si mauvais cheval. Que la démonstration de l’amitié multiséculaire entre nos deux pays n’avait jamais été aussi forte et que, en définitive, toutes les marques d’affection que se sont montrées les deux présidents pouvaient laisser présager que les années à venir seraient sans ombrage. Enfin presque, puisque l’obsession d’Emmanuel Macron pour la COP21 allait forcément être un nuage persistant entre les deux hommes. Mais passons.

Visiblement, Emmanuel Macron était fier de son armée qui paradait devant lui. Heureux, même, de pouvoir faire joujou avec les moyens formidables que la France possède pour sa protection. Mais il était sûrement moins fier du silence poli du chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers, qui s’est tenu sans un sourire aux côtés du chef des armées pendant toute la descente des Champs-Élysées en command-car. Il faut dire que, la veille, à l’hôtel de Brienne où le Président donnait une garden-party en l’honneur des hommes qui allaient défiler, il avait vertement tancé le général de Villiers qui avait soldatesquement déclaré devant les députés de la commission de la Défense qui l’auditionnaient à l’Assemblée nationale : « Je ne vais pas me faire b*r comme ça », allant même jusqu’à menacer les députés de sa démission. En cause : le budget 2017, qui va réduire de 850 millions d’euros le budget de la Défense.

Macron lui a donc répondu d’un air glaçant, devant tous les invités du ministre des Armées : « Je n’ai besoin de nulle pression, de nul commentaire. Il n’est pas digne d’étaler certains débats sur la place publique. » (Faut-il comprendre que les députés n’ont pas le droit d’entendre les doléances d’hommes aussi importants que le chef d’état-major ?) Et de marteler avec un visage fermé : « Je suis votre chef. » Point final. Vous me devez obéissance. Fermez le ban !

Rattrapage de dernière minute, pourtant, propre à ce Président imprévisible. Il a aussitôt annoncé que le budget des armées serait réévalué, conformément à sa promesse de campagne, de 1,5 milliard d’euros en 2018.

Donald Trump, loin de ces petits détails budgétaires, a été un spectateur très attentif, voire admiratif, n’arrêtant pas de complimenter son hôte sur le spectacle qui se déroulait au bas de la plus belle avenue du monde. « What a wonderful army! » Oui, mais à quel prix, a dû lui répondre Emmanuel Macron !

Ancien directeur des rédactions de l’Agence Gamma

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