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Le Che, oui, Maurras, non !

Colonel à la retraite
 

En France, on peut organiser une exposition sur le Che en plein cœur de Paris, qualifier ce tortionnaire et criminel, aux mains entachées de sang, d’« icône militante et romantique » comme le fit Mme Hidalgo en expliquant que c’est à l’image que l’on rendait hommage et non au personnage. Curieuse conception !

En général, lorsqu’un personnage fait l’objet de polémique au sujet de la pertinence de sa célébration, on essayait, jusqu’à très récemment, de trier chez lui le bon grain de l’ivraie, l’avant et l’après par rapport à un événement, le personnage public et l’homme dans son intimité, son action publique et ses écrits, que sais-je encore. Lorsque de Gaulle, Pompidou, Giscard et Mitterrand faisaient déposer une gerbe sur la tombe du maréchal Pétain, ils n’agissaient pas autrement. Citons, d’ailleurs, Jack Lang en 1992, qui répondait aux critiques faites au Président Mitterrand de perpétuer cette tradition inaugurée par le Général : « C’est la mémoire de celui qui a été l’un des chefs de la Première Guerre mondiale et non la mémoire de celui qui a incarné un régime d’oppression insupportable qui est honorée. » Pour le Che, pas ce discernement, peut-être, tout simplement, parce qu’il n’y avait que de l’ivraie. Alors, on idolâtre un tee-shirt !

Pour Maurras, c’est pas pareil. Faut dire, à ma connaissance, que son portrait n’a jamais été imprimé sur des millions de posters ou de tee-shirts et n’a jamais fait tomber en pâmoison des générations de petits-bourgeois boutonneux. Moins vendeur, peut-être. Inscrit initialement au programme des commémorations du ministère de la Culture pour 2018, le nom de Charles Maurras sera donc finalement retiré du document officiel, a annoncé, en ce dimanche 28 janvier, le ministre de la Culture. Il s’agit, a-t-elle « charabié », de « lever l’ambiguïté » sur « des malentendus qui sont de nature à diviser la société française ». Ceux qui pensaient que la gauche morale était moribonde se bercent de douces illusions.

Donc, pas de discernement pour Maurras. Bien sûr, on ne peut occulter l’antisémitisme de Maurras. On ne citera qu’une phrase – terrible – écrite à l’occasion de la création du Commissariat général aux questions juives en mars 1941 : « Monument consacré à la défaite de l’Ennemi intérieur. » Évidemment, on ne peut oublier sa condamnation le 28 janvier 1945 – il y a tout juste 73 ans – pour haute trahison et intelligence avec l’ennemi, lui qui, paradoxalement, toute sa vie, s’était opposé à l’expansionnisme allemand et avait publié, en 1937, un ouvrage intitulé Devant l’Allemagne éternelle, sous-titré Chronique d’une résistance annoncée ! Maurras fut condamné à la réclusion criminelle à perpétuité et à la dégradation nationale. Il paya sa dette à la société, comme on dit, et mourut, âgé de 84 ans, le 16 novembre 1952, près de Tours, huit mois après que le président de la République – le socialiste Vincent Auriol – avait signé sa grâce médicale.

Faut-il pour autant, sans discernement, oublier l’écrivain, le chantre d’une Provence hellénistique – loin de la galéjade marseillaise – qu’il fut ? « Par nos belles aurores, le cône de Sainte-Victoire, debout sur l’Orient dans la pourpre et dans l’or, me fait songer au triangle du Pentélique lorsque, aux mêmes matins, il enlève dans ses beaux draps toute la plaine d’Athènes, de Phalère jusqu’au Mystique et de l’Acropole au Pirée… »

Et sa réflexion politique mérite, peut-être, d’être « revisitée », comme on dit de nos jours. Soumettons à celle du lecteur ce passage tiré d’un ouvrage fort peu politique – quoique ! -, Originaux de ma Provence, paru en 1952. « La démocratie républicaine a essayé d’étouffer dans leurs bourgeons les racines et les rameaux de sagesse provinciale… Pliant tout au joug des partis elle a essayé de simuler l’unification administrative et bureaucratique, mais elle a divisé les Français en classes antagonistes, et en clans ennemis. »

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