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Le charbon fait grise mine face au nucléaire

Consultant NTIC
 

Contrairement aux idées reçues, l’énergie nucléaire est beaucoup moins dangereuse que les combustibles fossiles. Une récente étude britannique démontre que le charbon cause 442 fois plus de décès que l’atome, qui souffre encore d’un lourd déficit d’image et de traitement, notamment dans le bâtiment.

Les idées reçues sont parfois tenaces

Régulièrement pointée du doigt, l’énergie nucléaire traîne derrière elle une réputation largement ternie par les catastrophes de Tchernobyl en 1986 et de Fukushima en 2011. Ces deux accidents ont naturellement eu un impact sur l’opinion publique. Tandis qu’on continue d’associer nucléaire et danger, une étude britannique de Our World in Data publiée en 2017 révèle que les énergies fossiles sont beaucoup plus dangereuses. Sur les 7,3 millions de personnes qui décèdent chaque année à cause de la pollution dans le monde, soit lors de la production d’énergie, soit à cause de maladies liées à l’environnement, l’immense majorité provient du charbon sous ses différentes formes.

Pour chaque TWh d’énergie produit, le lignite (charbon brut) serait ainsi près de deux fois plus mortel que le pétrole (32,72 % contre 18,43 %), 12 fois plus que le gaz (2,82 %) et 442 fois plus que l’atome (0,07 %). Un taux qui s’explique notamment par des conditions d’extraction dangereuses, mais surtout par la forte teneur en gaz à effet de serre (GES) des combustibles fossiles. 1 kWh électrique issu du nucléaire produit, en effet, 6 g d’équivalent en gaz carbonique (CO2), contre 883 g pour le gaz, 891 g pour le fioul et 978 g pour le charbon. L’impact de la production électrique d’origine fossile sur l’environnement, et donc sur le changement climatique, est donc 100 à 150 fois plus élevé que celle d’origine nucléaire, ce qui explique l’écart de mortalité entre les différentes sources d’énergie. Si l’ensemble de la demande mondiale en énergie avait été comblée par le lignite, 5,2 millions de personnes seraient mortes sur la planète en 2014, d’après l’étude britannique, qui s’est basée sur les chiffres de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). En comparaison, à peine 11.700 décès auraient été constatés si la planète avait uniquement dépendu du nucléaire.

Bâtiment : l’impact désastreux des énergies fossiles

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que, sur les 7,3 millions de victimes annuelles de la pollution dans le monde, 3 millions décèdent à cause de l’air ambiant et 4,3 millions à cause de l’air à l’intérieur des bâtiments. En France, le bâti résidentiel et tertiaire compte pour 44 % de la consommation nationale et 23 % des émissions de CO2. L’utilisation de ressources fossiles dans les habitations et les entreprises y est encore prédominante (57 %) malgré son impact désastreux sur l’environnement. Les gouvernements successifs ont pourtant œuvré en faveur d’une meilleure performance énergétique. Depuis la Réglementation thermique 2012 (RT 2012), la consommation d’un bâtiment neuf ne doit ainsi pas dépasser 50 kWh/m2 par an. Et avec la future Réglementation énergétique 2018 (RE 2018), en vigueur dès 2020, les nouvelles constructions auront l’obligation de produire plus d’énergie qu’elles n’en dépensent sur leur durée de vie moyenne (50 ans). On parle de bâtiment à énergie positive (BEPOS).

Le hic, c’est que la RE 2018 favorise les énergies premières, comme le charbon, le gaz et le fioul, aux dépens des énergies secondaires, comme l’électricité d’origine nucléaire, éolienne, solaire ou hydraulique. La faute à un coefficient énergétique de 2,58 appliqué aux énergies dites « transformées », qui ne concerne pas celles issues de combustibles fossiles, bien que ces dernières ne soient pas utilisées à l’état brut. En voulant améliorer les performances énergétiques des bâtiments pour limiter le réchauffement climatique, l’État français agit en réalité contre ses intentions initiales puisque sa méthode de calcul pénalise les sources d’énergie propre. Selon plusieurs études scientifiques, l’abandon des énergies fossiles d’ici 2050 permettrait pourtant de réduire les émissions nationales de C02 de 90 millions de tonnes par an, sans augmenter significativement la demande en électricité. Les objectifs de la France en matière de développement des énergies renouvelables l’inciteront-ils à revoir sa copie en abaissant ce coefficient à 2,2, comme recommandé par l’office de statistiques Eurostat, voire à le supprimer tout bonnement ? L’éventualité paraît incontournable pour que les EnR (énergies renouvelables) atteignent 23 % du mix énergétique d’ici 2020, ainsi que le prévoit le Grenelle Environnement de 2007…

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