Audio - Editoriaux - Entretiens - Politique - Table - 3 juin 2018

« Changer le nom du parti sans changer une once de sa composition, ça ne sert strictement à rien ! »

Guillaume Bernard décrypte au micro de Boulevard Voltaire les dessous des positionnements de Marine Le Pen et de Nicolas Dupont-Aignan.



Après la lettre ouverte de Marine Le Pen à Nicolas Dupont-Aignan, que se passe-t-il entre Debout La France, le Front national et ceux qui œuvrent à l’union des droites ?

Je suis assez fasciné par la capacité des hommes politiques à se dissimuler derrière de grandes envolées lyriques au profit du bien commun et de l’unité de la droite. Cela ne reste qu’une stratégie défendant leurs intérêts personnels et de boutique. Il est certain que Nicolas Dupont-Aignan s’est quelque peu décrédibilisé auprès de l’opinion publique du peuple de droite en refusant la main tendue par Marine Le Pen. D’un autre côté, il faut reconnaître qu’en faisant cette proposition, Marine Le Pen à chercher à tendre un piège à Nicolas Dupont-Aignan pour l’empêcher d’être tête de liste aux Européennes. Il a l’intention de le faire pour essayer de montrer sa capacité de nuisance, à avoir des élus et à se positionner pour la prochaine présidentielle. Elle a cherché à le neutraliser. Dans la proposition qui lui était faite, elle lui proposait d’être présent sur une liste, mais en dernière position avec elle.
Je crois qu’on est véritablement en face de jeux d’appareils. Cela montre encore une fois que l’unité de la droite ne pourra se faire que par la base. C’est ce que préconise l’appel d’Angers. L’union des appareils ne fonctionne pas parce que les intérêts particuliers prévalent toujours. En revanche, l’unité de la droite pourra se faire sur la base de valeurs communes, par des initiatives locales, par le respect des enracinements et des militants capables de travailler pour présenter une candidature aux élections municipales par exemple.
En ce qui concerne les Européennes, il est possible de faire une liste commune, mais à condition évidemment, qu’elle soit menée par une personnalité extérieure aux différents partis susceptibles de se rassembler. Il peut y avoir des candidats de différents partis, mais le cas de l’Italie nous montre que l’unité n’est possible qu’à partir du moment où le Premier ministre n’appartient ni à la Ligue du Nord ni au mouvement cinq Étoiles. De la même manière, il faut prendre cet exemple-là pour essayer de constituer une liste dans laquelle il y aurait les représentants de différentes formations politiques, mais unies par une personnalité extérieure. Je crois que c’est la condition sine qua non pour qu’il puisse y avoir une droite d’une puissance et d’une dynamique suffisantes pour repousser Emmanuel Macron vers la gauche.

Marine Le Pen n’a-t-elle pas démontré que le Front national ne serait pas l’artisan de la division.

Bien sûr, et là était le piège. Il est très symptomatique que Nicolas Dupont-Aignan avec les Amoureux de la France ou le Front national cherche à rallier et à monter la liste de leur propre parti avec des personnalités qui les rejoindraient. Ils pourraient donc dire qu’ils incarnent le rassemblement. Mais c’est toujours à leur profit, dans leurs propres intérêts pour montrer qu’eux sont capables de rassembler et non pas pour essayer de se rassembler avec les autres. C’est toujours la même logique et c’est une logique mortifère.


On ne dit plus Marion Maréchal Le Pen, mais Marion Maréchal et on ne dit plus Front national, mais Rassemblement national.
Cela a évidemment provoqué la colère voire la tristesse de Jean-Marie Le Pen.
Ce nouveau n’est-il pas mort-né s’il n’est pas acté dans les faits ?

Je crains qu’en effet ce soit un changement essentiellement cosmétique. Si cela ne change rien à la composition du parti et si cela ne modifie pas la composition du bureau national, c’est-à-dire si des personnes ne viennent pas de différentes structures qui se rassemblent dans cette structure, alors c’est simplement un changement de nom sans aucune modification dans la réalité du parti politique.
Je ne rentre pas dans la querelle qui est de savoir si c’est une trahison ou non. Jean-Marie Le Pen a pris position. L’ancien secrétaire général du Front national, Carl Lang a appelé les militants historiques à le rejoindre dans le cadre du parti de la France. Je suis extérieur à ces querelles.
En revanche, il est clair que changer le Front national en Rassemblement national sans qu’il y ait une once de modification dans la composition du parti ne sert strictement à rien.

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