La CGT au risque de la Macronie : dur, dur, d’exister…

Ecrivain, musicienne, plasticienne
 

Il paraît que, depuis un mois que nous sommes en Macronie, le monde a totalement changé. La précession des équinoxes, tout ça, c’est du passé. Désormais, le temps s’est arrêté, les planètes sont stables et chaque matin alignées au garde-à-vous pour notre Président nouveau.

Bien difficile, alors, de faire entendre, dans cette France macroniquement enamourée, la voix de la contestation. Surtout pour des institutions et des partis dont les derniers mois ont signé durablement sans doute la déconfiture existentielle.

Parmi ceux-là, la CGT qui, de Thibault en Martinez en passant par un Lepaon si bien nommé, ne va pas très bien. Au fil du siècle écoulé, on a vu ses leaders – tout comme ceux du PC, d’ailleurs, avec lequel elle est pacsée – passer du bleu de travail au costard de cadre bancaire, et Martinez a eu beau reprendre à son compte les rondeurs, la moustache et la gouaille, la centrale syndicale voit ses troupes s’effriter, quand elles ne s’enfuient pas carrément vers le FN. En 2016, elle représentait 2,6 % des salariés français, mais en mars dernier, la CFDT lui a ravi la tête des élections professionnelles avec 26,37 % des voix contre 24,85 %. Certes, la CGT reste encore majoritaire dans la fonction publique et autres secteurs stratégiques que de Gaulle offrit généreusement au PCF à la sortie de la guerre – quand ils ont survécu, toutefois… –, mais elle ne cesse de se faire grignoter par la concurrence.

Bref, tout va mal et il faut remotiver les troupes. Et, donc, COMMUNIQUER ! Alors, la CGT vient de lancer sa nouvelle campagne contre la réforme du Code du travail. En vedette, je vous le donne en mille : un curé. Ou apparenté. Aube blanche, col romain et gilet ou étole d’un noir qui n’est guère en usage que pour les enterrements : mais n’est-on pas censé enterrer la vieille lutte des classes, cet historique fonds de commerce de la centrale ?

Rappelons, en effet, que la CGT, en 2009, réaffirmait encore son soutien à « la charte d’Amiens », texte de 1906 qui définit ainsi le syndicalisme : « D’une part, il prépare l’émancipation intégrale, qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste, et d’autre part, il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupe de production et de répartition, base de réorganisation sociale. » Précisons aussi que ladite charte préconisait « la lutte pour la disparition du salariat et du patronat ».

La CGT met en scène un prêtre de pacotille. Sous la photo : « Lui, le dimanche, il est obligé de bosser. Pas vous ! », « Le dimanche est un jour pour vous, pas pour votre employeur ». Et de rappeler la loi Sarrien du… 13 juillet 1906 (on n’en sort pas !) : « Le repos hebdomadaire doit être donné le dimanche. »

Ben oui, parce que rien n’a changé depuis 1906 et que tous les Français, c’est bien connu, vont à la messe le dimanche. Même ceux qui vont à la mosquée le vendredi ou à la synagogue le samedi, et plus souvent à rien du tout. C’est ça, la modernité, coco !

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