En fait, cette présidentielle, c’est Charlie qui l’a gagnée

 

On peut avancer toutes les explications du monde au résultat de cette présidentielle : la nouveauté de l’offre Macron, les erreurs de Marine Le Pen, les manœuvres et l’instrumentalisation de la Justice par le pouvoir socialiste et les médias, l’absence de crédibilité et de détermination de la droite LR, les petits jeux des centristes. Toutes sont vraies mais elles ne sont que les déclinaisons d’une cause historique et culturelle majeure : la « charlisation » réussie des Français.

En Marche !, c’était l’avatar de Charlie. Et, d’ailleurs, dès le choix des mots. Quand on connaît la minutie des inventions sémantiques des concepteurs du produit et du langage Macron, si EM, c’était Emmanuel Macron et En Marche !, si EMA, c’était Emmanuel et « J’aime », il y avait de quoi, en secouant « marche » dans la tête des Français déboussolés, fabriquer un petit Charlie.

Macron, c’est Charlie Ier. Premier monarque d’une nouvelle dynastie, dans une démocratie postmoderne qui efface les frontières habituelles : droite-gauche, pauvres-riches, pour installer une communion et une religiosité de l’émotionnel fugace. Et une présidentielle, les macronistes avaient bien compris que cela n’est plus que de l’émotionnel fugace.

Les meetings de Macron, c’était la poursuite de ces rassemblements unitaires et pleurnichards, dégoulinants d’émotion, où l’on se serrait les uns contre les autres, où les différences politiques et sociales étaient abolies, où l’on recherchait une communion, où l’on se réinventait un républicanisme « facebookien ». Toute la campagne de Macron fut donc une longue procession Charlie comme on en connut en janvier 2015. Procession dont les files d’attente de nos Français bobos expatriés ou parisiens n’étaient que le prolongement, pour aboutir à ces scores staliniens de 90 % à Paris ! Tout son positionnement syncrétique plat et creux, logiquement béni par M. Bayrou, correspondait au rêve d’abolition de la frontière droite-gauche.

Tout le lexique présidentiel macronien (« amour », « protéger »…) s’inspirait de la ferveur Charlie. Aux bougies des attentats répondit la procession nocturne dans la cour du Louvre. Notre Président Charlie est prêt à assurer ce service de pleurnicherie pour les prochains attentats. C’est cela qu’il fallait comprendre derrière son verbe « protéger ». Et il faut convenir que cela nous promet des mises en scène émotionnelles bien plus réussies que celles de Hollande.

L’objectif de l’opération étant de dédouaner l’islam et l’immigration d’être à l’origine des crimes de nos Merah, Kouachi, Coulibaly, de disculper les dirigeants français de laisser ces horreurs islamistes proliférer en France depuis des années et d’accabler de toute la haine possible – car il faut bien un coupable – ceux qui, les premiers, avaient tiré la sonnette d’alarme sur ces questions-là : le Front national. Trouver le bouc émissaire.

L’appel de sept juges antiterroristes avant le second tour contre Marine Le Pen, nous expliquant que la « surenchère sécuritaire » nourrissait l’islamisme, restera comme un grand moment de cette inversion des responsabilités.

Charlie avait réussi cette prouesse idéologique de rassembler derrière lui les bourgeoisies urbaines de droite et de gauche. Macron a sauté sur cette start-up pour en faire une grosse boîte présidentielle à son avantage. Il a réussi sa fusion-acquisition et les électeurs de Fillon et de Mélenchon ont marché comme un seul homme. Ou comme des poules apeurées rentrant au poulailler. Dans ce poulailler où leur seront prodigués des cours pour renforcer leur compétence déjà bien développée à faire l’autruche.

Alors, le nouvel emblème de Charlie Ier, la poule ou l’autruche ?

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