Editoriaux - 11 septembre 2018

Cette mise à mort programmée des maires des communes rurales…

Dans nos campagnes, de plus en plus de maires démissionnent ou annoncent qu’ils ne se représenteront pas aux prochaines élections : trop de tâches administratives, les dotations de l’État, les subventions des départements toujours en baisse. Le gouvernement ne semble pas s’en émouvoir : il ne lui déplaît pas que de petites communes disparaissent.

La dépêche.fr du 11 septembre titre : « Occitanie : le blues des maires qui démissionnent en série. » D’après l’Association des maires de France (AMF), c’est la région la plus touchée (198 sur les 1.021 recensés depuis 2014). La moitié des maires pourraient ne pas briguer un nouveau mandat. Faute de candidats, la préfecture prendra le relais, en attendant que la commune ne disparaisse. Pourtant, ces maires, outre leurs tâches administratives, sont nuit et jour à l’écoute de leurs administrés ; ils effectuent, souvent bénévolement, le travail d’employés municipaux qu’ils n’ont pas. Selon le quotidien, il faudrait embaucher 86.000 équivalents temps plein pour compenser leur engagement.

Promulguée le 7 août 2015, la loi portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République, la fameuse loi NOTRe, censée rendre plus efficace et moins onéreux le fonctionnement des régions et des territoires, éloigne, en fait, les Français des centres de décision. Ce ne sont plus que des stocks à gérer. La création de métropoles, la nouvelle carte des régions, la montée en puissance des intercommunalités réduisent encore le peu d’influence que pouvaient avoir les petites communes.

Leurs maires sont contraints d’intégrer ces intercommunalités, de plus en plus grandes et impersonnelles, où ils sont dédaignés et peinent à faire entendre leur voix. On leur a retiré leur compétence en matière d’urbanisme. Ils ont le sentiment de n’être que les exécutants de décisions prises ailleurs.

On assiste à la mort de nos villages au profit de structures plus vastes, dont l’efficacité n’est pas prouvée, mais qui s’éloignent progressivement des aspirations locales. S’il est sain de vouloir moderniser le fonctionnement des territoires, on ne peut le faire en les déshumanisant.

Un même processus risque de bientôt toucher l’Éducation nationale, qui prévoit la fusion des académies actuelles : les vingt-six académies métropolitaines seront, dans les prochaines années, réduites à treize. Voilà qui ne favorisera pas la proximité dans l’appréhension des besoins ni dans la gestion des personnels, surtout dans les grandes régions. L’Occitanie, par exemple, regrouperait l’académie de Toulouse, déjà étendue, et celle de Montpellier. Et que dire de la Nouvelle-Aquitaine, qui rassemblerait les académies de Bordeaux, Limoges et Poitiers ?

C’est ainsi que disparaissent les liens humains au profit de structures technocratiques, à dimension inhumaine. Dans nos villages, ce ne sont pas seulement les médecins et les services publics qui manqueront : il n’y aura bientôt plus de maires ni de villages. La France rurale est abandonnée.

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