27 juin 2018

« C’est un effet d’annonce et ce service est strictement impossible car les armées sont exsangues ! »

Le général Houdet analyse, pour Boulevard Voltaire, les annonces du gouvernement sur le service national universel voulu par Emmanuel Macron. « Le Président Macron et le gouvernement s’obstinent. » Un éclairage original, en particulier sur les départs anticipés, très nombreux dans la gendarmerie et dans l’armée de terre, qui rendront le projet très difficile à réaliser.

Le service national universel voulu par le président de la République serait une sorte d’incorporation qui durerait un mois obligatoire .

Comment voyez-vous ce nouveau dispositif ?

Selon moi, il s’agit d’un effet d’annonce puisqu’après avoir présenté le dispositif, il dit qu’il va consulter les jeunes, leurs familles et les militaires. Nous allons alors nous apercevoir que la formule sur un mois est quasiment impossible.

L’armée de terre aurait-elle les moyens de supporter une nouvelle contrainte en termes de logistique, de temps et de moyens ?

Les armées sont exsangues, complètement fatiguées par les opérations extérieures et Sentinelles et très inquiètes de toutes les réformes des retraites, des rémunérations, etc. 

Les gens préfèrent partir maintenant plutôt que d’attendre des réformes qui seront forcément défavorables par rapport à maintenant.

J’en veux pour preuve que le DRH de la Gendarmerie a annoncé qu’il voyait un départ de 15 000 gendarmes de façon irrationnelle à cause de toutes ces mesures-là. Ce sera donc pareil pour l’armée de terre.

L’armée de terre est exsangue. Les gens en ont marre. Ils ont été choqués par l’humiliation et le départ du Général Pierre du Villiers, qui était adoré de tous. 

La confiance ne se décrète pas, elle s’acquiert. Le président de la République a vraiment perdu cette occasion.

Le service national universel concernerait potentiellement 750 000 adolescents, garçons et filles.

Y aurait-il un moyen d’une façon ou d’une autre d’appliquer cette mesure ?

Les jeunes entre 16 et 18 ans sont à l’école. Il sera donc difficile de viser un autre moment que les vacances d’été. Il y aurait donc près de 400 000 jeunes à manager en même temps. Il faudrait forcément passer par des visites médicales et d’autres formalités administratives. Je ne vois pas où et comment nous pourrions rassembler 400 000 jeunes pendant l’été.

Si cette réforme était votée, aurait-elle une chance d’aboutir telle qu’elle est prévue aujourd’hui ?

C’est un effet d’annonce, comme d’habitude. Après avoir consulté un peu les gens, on s’apercevra que c’est strictement impossible. Le Général Ménaouine, le leader du groupe de travail a rendu ses conclusions en disant que c’était très très difficile.

Au-delà des termes, la question fondamentale est celle de ce que feront ces jeunes pendant ce service. 

Selon moi, il y a une voix pour une approche par la sécurité intérieure et le territoire. On pourrait  mettre ces jeunes au service de leur territoire, en outre-mer ou en métropole, et  éventuellement les confier à la gendarmerie, la police, les pompiers, la sécurité civile et éventuellement dans les communes sur des problématiques sociales ou environnementales. Voilà quelques emplois  possibles. Mais en un mois, ce sera strictement impossible.

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