Culture - Editoriaux - Politique - Sport - Table - 8 juillet 2018

Ces drapeaux étrangers qui se montrent en France le temps de la Coupe du monde

La Coupe du monde de football, c’est aussi l’occasion, pour beaucoup (trop) de Français, de sortir un drapeau portugais ou italien ou espagnol, pour revendiquer des origines ignorées le reste de l’année mais dont ils reprennent subitement conscience (surtout quand l’équipe en question gagne) en période de compétition. Pour ou contre ce phénomène, là n’est pas la question que je pose. C’est intéressant à observer et c’est riche d’enseignements.

Par exemple, le premier enseignement que j’en tire, c’est qu’une telle rencontre sportive ravive les identités à l’intérieur même d’une nation, surtout lorsque celle-ci est incertaine de son identité collective. Là où l’occasion est à l’union nationale, à la communion nationale même, on voit, en fait, refleurir un panel de drapeaux étrangers sur le sol même de la nation, un kaléidoscope de revendications diverses, plus ou moins fondées, plus ou moins exigeantes ; et tout cela vient nous rappeler en toute fin de course que l’assimilation n’a jamais véritablement réussi en totalité, que c’est d’ailleurs impossible, et que toute tentative politique qui consiste à faire croire qu’être français est possible pour quiconque est une démarche illusoire. Chaque fois que vous réunirez, dans un même espace, des gens d’origines diverses, vous n’échapperez pas à la dure réalité de laquelle vos yeux veulent se détourner, à savoir que l’assimilation n’est jamais qu’un vernis friable. Ceci n’est pas un jugement moral, c’est véritablement et uniquement un constat, froid peut-être, vrai sans aucun doute.

Je crois également que l’attitude de ces Français d’origines européennes est, plus ou moins consciemment, inspirée par celle des Français d’origines extra-européennes, qui revendiquent des singularités identitaires et des spécificités culturelles, toujours en s’opposant, par effet mécanique, à l’identité collective du groupe dans lequel ils sont physiquement, à savoir la France. L’attention que l’on concentre sur soi en rappelant sa singularité peut avoir donné des idées, plutôt des envies, à ces Français désolés d’être « seulement » des Français, au point de les avoir décidés à chercher, dans leur arbre généalogique, un arrière-grand-père plus ou moins polonais ou ibérique et à broder, sur ce fait, un imaginaire identitaire à revendiquer. Une Coupe du monde de football apparaît, dans ce tricot narratif hasardeux, une occasion rêvée pour bidouiller cette maçonnerie douteuse.

Faut-il que la France soit si dépréciée pour qu’on veuille à tout prix lui échapper ?

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