Culture - Editoriaux - Table - 4 novembre 2017

Au Centre Pompidou, bien mieux que le Domestikator : Liu Youju

Le 24 octobre, au Centre Pompidou, a eu lieu la conférence « Regards croisés sur la peinture », comparant les peintures françaises et chinoises, avec l’intervention de Rémy Aron, artiste peintre, Yves Kobry, historien d’art, et Liu Youju, artiste peintre chinois. La conférence avait surtout comme objectif le partage de la parole entre les deux artistes, et les présentations de ces deux peintres étaient articulées comme un trait d’union entre la France et la Chine. À cette occasion, l’espace du Hall 6 du Centre Pompidou était utilisée pour présenter les œuvres de Liu Youju comme prétexte à la poursuite de la discussion.

Liu Youju est un artiste chinois contemporain qui allie, dans ses peintures, la poésie à la calligraphie. Il s’inscrit, en cela, dans la tradition orientale dans laquelle l’écriture du poète ne se distingue pas de l’art du peintre. En Chine, pour l’artiste, la matière première est l’encre qui, avec le bras et la main serrant le pinceau, donne vie à une expression artistique éloignée de notre classification occidentale. L’écriture chinoise se compose de milliers de véritables dessins qui demandent une habileté dans la représentation figurative et beaucoup de temps d’apprentissage. En Chine, on dit que lorsque le peintre peint, il écrit, et de la même façon, son contraire est également vrai : l’écriture est un art qui se réalise avec le pinceau et l’encre. La peinture traditionnelle chinoise est montée en rouleau, ce qui historiquement la rattache à la famille du livre. Les instruments nécessaires à l’écrivain – papier, encre et pinceau – suffisent au peintre, ce qui permet de briser les frontières entre les genres artistiques. Tout comme l’écriture, ici, la peinture est un art du mouvement.

Liu Youju est originaire de Guangzhou (Canton), sur la rivière des perles. Il a grandi en s’inspirant des grands maîtres paysagistes chinois qu’il tend à égaler tout en réinterprétant les grands classiques de la culture picturale chinoise. L’invention du paysage chinois a eu lieu au cours du IVe siècle de notre ère, à travers une évolution de l’expression shanshui (montagne-eau ou montagne-rivière). Ce terme désigne à la fois le paysage de montagne et d’eau. Si la peinture des paysage occidentaux est une peinture « de l’instant » qui cherche à représenter quelque chose ou quelqu’un dans un lieu donné, à un moment donné, au contraire, la peinture chinoise est une peinture « du mouvement » qui cherche à représenter le paysage dans sa globalité, en évolution, sans se soucier des détails et des enjeux de la lumière. Les montagnes et l’eau représentées par Youju Liu sont loin d’être la copie du réel, elles sont vivantes, animées par les couleurs de la lumière, les brumes et les obscurités.

La maîtrise technique de la calligraphie chinoise traditionnelle de Liu Youju lui permet une grande liberté dans le geste pictural et dans l’expression de sa peinture. Il amène habilement ses émotions de la calligraphie à sa peinture. Ses œuvres sont le résultat du croisement à la fois entre art et nature. Son expression artistique est suffisamment aboutie pour que l’on résume ses œuvres par une harmonie et par une symbiose d’expériences non verbales, poétiques et créatives.