Le grillon craquette, l’abeille bourdonne, la Cour des comptes épingle

Correctrice

Liste DLF régionales 2015

 

Avez-vous remarqué ? En prenant tous les sujets possibles et tous les verbes existants (avant les réformes socialistes, j’entends, c’est-à-dire dans l’ensemble F de la langue française contenant tous les mots et privé de rien), la combinaison « Cour des comptes » et « épingler » devrait avoir une probabilité infime… Et pourtant, le sujet « Cour des comptes » est suivi du verbe « épingler » avec une fréquence défiant le pur hasard en statistiques.

À croire que c’est son métier, à la Cour des comptes, qui n’est, hélas, pas celle des miracles, en tout cas pour le contribuable. Jugez plutôt : je lance sur la Toile, innocemment, presque par hasard, sans a priori, une recherche intitulée « La Cour des comptes épingle » et les réponses pullulent ! Amis de Twitter, chercheurs de petites bêtes qui feront le buzzzzz et proliféreront immanquablement, allez-y vite vous fournir, il y en a pour tous les goûts. Épinglés, la SNCF, les investissements d’avenir, la gestion des fonctionnaires (et même, carrément, les fonctionnaires, pour Francetvinfo), la gestion de Garges-lès-Gonesse, les dépenses de soins infirmiers et kiné… Pris en plein vol, Paris-Plages, la gestion des services publics numériques, La Poste, la réserve parlementaire, le coût des lycées français, Pôle emploi, l’impact budgétaire et fiscal du Grenelle de l’Environnement… J’arrête là l’inventaire à la Prévert.

Et dites-moi, en est-il de ces gestions ravageuses comme des lépidoptères ou des insectes, ont-elles une aussi éphémère existence ? Les épingler signe-t-il la fin du parasitisme et de la prolifération ?

Je ne suis pas rassurée : les épingles, c’est fin, ça peut glisser et tout ce monde-là vole peut-être encore autour de nous ! Je file consulter le site de la Cour des comptes, où j’apprends que cette honorable cour peut juste monter en épingle ce qu’elle observe, promulguer certes des recommandations, mais qui restent souvent lettre morte… Las ! Wikipédia m’informe, à l’entrée « entomologie », de la découverte d’un nombre toujours plus grand d’espèces. Un fléau, donc, que ces dépenses calamiteuses blâmées (ou blamées, on ne sait plus) par la Cour des comptes. Et pas le pouvoir de lancer un coup de filet, ni de donner un coup de pied dans la fourmilière. Pas d’usage d’armes chimiques, non plus, contrairement à MM. Valls et Cazeneuve, qui ont les moyens de vaporiser et d’enfumer les nuisibles Français que nous sommes.

Bref, pour la Cour des comptes, au budget annuel de fonctionnement de 214 millions d’euros (quand même !), avec son premier président, ses sept chambres comptant chacune une quarantaine de magistrats et de rapporteurs, ainsi que des experts et des assistants placés sous l’autorité d’un président assisté d’un greffe (sans compter le secrétariat général, composé de magistrats, le parquet général près la Cour, les 26 chambres régionales des comptes et les 6 chambres territoriales des comptes), l’arme suprême pour redresser les comptes de l’État français, c’est de mettre des épingles partout… Magique, non ?

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