Audio - Editoriaux - Entretiens - Justice - 12 septembre 2018

« Ce n’est pas la prison qui crée la récidive, c’est le récidiviste ! »

Le garde des Sceaux Nicole Belloubet veut réduire la population carcérale de 8.000 personnes.

Pour Philippe Bilger, « désengorger n’est pas une politique pénale ».


Il y aurait 8000 détenus en trop qui devraient quitter les prisons. C’est le souhait de la garde des Sceaux, Nicole Beloubet.
Est-ce une bonne idée, selon vous ?

Cela fait longtemps que je dis et que j’écris qu’il faudrait se préoccuper des prisons sur un double registre.
D’abord restaurer une dignité humaine et matérielle dans ces prisons. Cela revient d’abord à accélérer la construction de nouvelles places et à se préoccuper aussi du sort des surveillants.
Dans certains établissements, ce sont les détenus qui font la loi.
Deuxièmement, arrêter de rêver d’un monde pénal où la prison ne serait plus la peine centrale.
Je n’ai pas de rapport joyeux avec la prison, mais il faut arrêter de laisser croire que des délits graves et des crimes pourraient voir leur transgression considérable sanctionnée par autre chose que la prison.
Lorsque j’entends le Président de la République dire par exemple que la prison est l’antichambre de la récidive, cela me paraît être une absurdité qui relève des conciles de gauche et qui malheureusement atteignent aussi la droite du gouvernement. Ce n’est pas la prison qui crée la récidive, mais le récidiviste. Ce n’est pas non plus la prison qui crée le délinquant ou le criminel, mais c’est le délinquant ou le criminel lui-même.
Cette approche étrange qui consiste à prétendre vouloir désengorger les prisons comme si c’était un objectif de politique pénale peut faire douter de toutes les mesures proposées. Je ne suis pas sûr que supprimer et faire sortir tous les gens qui ont été condamnés à un mois change quelque chose au problème. Interdire dorénavant que l’on condamne à un mois aurait pu peut-être une bonne idée si on en avait discuté dans une concertation véritablement démocratique. Aujourd’hui, on est amené à douter de cette volonté dans la mesure où elle apparaît prioritairement comme un outil pour désengorger. Désengorger n’est pas une politique pénale.
Il faut lutter contre une surpopulation qui ne vient pas du fait que la prison serait haïssable en tant que telle, mais qu’il faudrait peut-être mieux réfléchir.
Lorsque je vois dans le Parisien, « il faut désengorger », c’est une triste politique pénale que celle qui condamne un garde des Sceaux à ne s’occuper qu’à vider les prisons dans lesquelles se trouve une infinité de gens qui ont transgressé gravement les règles sociales, humaines et judiciaires.

Nicole Beloubet sort du parti socialiste. Que l’idéologie de gauche soit encore présente au ministère de la Justice n’a rien d’étonnant.

Malheureusement, ce n’est pas l’idéologie de gauche. Je crois fortement que cette idée de la prison créatrice de récidive, l’idée que des petits délinquants arriveraient en prison et que d’un coup la prison ferait d’eux des malfaisants absolus, c’est une banalité.
Ce sont des poncifs prétendument humanistes qui gangrènent l’ensemble de la classe politique. C’est très grave, car malheureusement, l’ensemble de la classe politique préfère pleurer sur ces détenus plutôt que de lutter contre la condition déplorable de certains établissements. On peut accepter l’idée que la prison est fondamentale et en même temps lutter contre certaines indignités humaines et matérielles.
À croire que la classe politique ne sait pas sortir de l’hémiplégie.

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