International - Espagne

Catalogne : la sécession et le pognon

Écrivain et journaliste espagnol
El Manifiesto
 

L’esclandre a enfin éclaté, le pot aux roses a été éventé. Jordi Pujol, ancien président de la Generalitat (gouvernement autonome de Catalogne) pendant 23 ans (1980-2003), « père de la patrie » et fondateur du « renouveau national » catalan qui prétend l’indépendance de l’Espagne, vient de passer aux aveux. Tout le monde, du moins dans les « milieux bien informés », le savait depuis longtemps, même si personne n’imaginait l’ampleur des sommes dérobées. Or, voilà que c’est le grand manitou lui-même qui, afin sans doute d’essayer de minimiser les dégâts, vient de se mettre à table.

En l’attribuant à un héritage de son père qu’il a malencontreusement « oublié » de déclarer au fisc, Jordi Pujol vient de reconnaître les faits déjà dénoncés par le journal El Mundo : il a des comptes en Suisse. Mais il en a aussi en Andorre (on le sait par l’indélicatesse d’un employé de banque et par les aveux de l’ancienne fiancée d’un de ses nombreux enfants), tout comme au Luxembourg, aux îles Jersey, en Asie même… et ce, au travers d’un immense entrelacs de sociétés interposées, hommes de paille et magouilles diverses.

Le magot amassé pendant ces 23 ans de corruption forcenée n’est pas mince. Selon les informations publiées le 3 août par le journal El Mundo, sur la base des fuites émanant du ministère de l’Intérieur, il atteindrait à ce jour – mais les recherches sont loin d’être terminées – la somme faramineuse de presque deux milliards d’euros. D’où est sortie une telle fortune ? Une partie provient sans doute de l’escroquerie liée à la faillite, en 1980, de Banca Catalana, fondée par le père de Jordi Pujol et dirigée par lui (une friponnerie dont il est sorti indemne en prétendant, enveloppé dans le drapeau de « la Catalogne-toujours-persécutée-par-la-misérable-Espagne », que les accusations ne visaient pas lui, mais l’ensemble de la « nation catalane » ). Or, une autre partie encore plus essentielle de cette fortune provient des pots-de-vin : 3 % de tous les travaux publics effectués en Catalogne pendant ces 23 ans et dont tous les constructeurs – plusieurs ont déjà eu le courage de le dénoncer – ont été systématiquement rançonnés.

Mais on ne peut pas en rester là. Plusieurs questions se posent. Une fois Jordi Pujol parti du gouvernement en 2003, pour quelles raisons ses successeurs auraient-ils eu l’extrême gentillesse de mettre fin au rançonnement mafieux de 3 % qui était devenu une pratique courante et que tout le monde acceptait sans mot dire depuis 23 ans ? Dans quelle mesure – autrement dit – n’est-ce pas l’ensemble de la classe politique indépendantiste qui, au-delà du clan Pujol, se trouve empêtrée dans la boue de la plus gigantesque des corruptions ? Enfin et surtout, la grande fuite en avant du processus sécessionniste lancé par cette même classe politique ne serait-elle pas une façon d’essayer de se couvrir, en faisant diversion, face au risque, déjà arrivé, que le pot aux roses soit découvert ? La sécession, en un mot, ne serait-elle pas l’alibi destiné à sauvegarder le pognon ?

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