Editoriaux - 21 octobre 2018

Castaner, premier flic ou gendarme de France, il ne sait pas très bien…

C’est dans les colonnes du JDD de ce dimanche que Christophe Castaner, le nouveau ministre de l’Intérieur, a choisi de faire ses premières déclarations. De belles déclarations ministérielles où l’on retrouve, pêle-mêle, des promesses d’augmentation d’effectifs, des assurances de budget en hausse, l’affichage d’une fermeté assumée, le tout sur un ton guerrier digne de celui de l’inspecteur Harry. Policiers et gendarmes en prennent acte, même si leur nouveau patron semble néanmoins avoir du mal à savoir ce qui se cache derrière ses nouvelles fonctions de « premier flic de France ».

Mais revenons à l’essentiel. C’est donc une liste de mesures digne de celle du père Noël que Castaner a évoquée devant les journalistes de l’hebdomadaire dominical. Et, tout d’abord, l’argent, avec l’annonce d’un budget en hausse de 3,5 %. Cette augmentation, si elle va à son terme, souffre déjà d’un premier handicap : elle ne tient pas compte du montant annoncé de l’inflation prévue pour 2019, qui devrait se situer autour de 1,5 %. Ainsi, réduite à 2 %, voire moins en valeur absolue, l’enveloppe de la Place Beauvau est loin d’être suffisante pour rattraper les retards accumulés au cours de ces dernières années. Il en est de même en matière d’effectifs. Les créations de postes annoncés (2.500, l’an prochain), qui seront, on l’espère, effectives, ne compenseront ni les départs à la retraite ni les diminutions de postes qui touchent de nombreux services depuis dix ans. Quant à la modernisation, pourtant indispensable, de la police et de la gendarmerie, il n’en est même plus question, sauf à invoquer quelques colmatages. Donc, rien de phénoménal ni de révolutionnaire à attendre de ce nouveau ministre qui, comme ses prédécesseurs, devra, au mieux, gérer la pénurie.

Mais venons-en à l’opérationnel et aux propos apparemment combatifs tenus par ce très proche d’Emmanuel Macron. Ses arguments sur la reconquête des territoires perdus de la République, aujourd’hui rongés par le salafisme et la radicalisation, ont franchement de quoi inquiéter. Comment un haut responsable politique peut-il, avec autant de désinvolture, évoquer un combat (ce sont ses propres mots) qu’aucun de ses prédécesseurs n’a voulu mener, parce que pétrifié par les conséquences qu’auraient le retour de la loi et de l’ordre républicain dans ces lieux aujourd’hui aux mains des gangs et des islamistes radicaux ? Et d’évoquer, tout aussi sérieusement, la police de sécurité du quotidien, cette vaste pantomime sécuritaire pour « bobo » qui, selon lui, serait le remède à tous nos maux.

La copie médiatique rendue par Castaner face à la presse reste donc dans la droite ligne de celle de ses pairs. Et sans doute le départ précipité de Collomb est-il dû, en grande partie, à cette prise de conscience de « l’honnête homme », qui a fini par comprendre qu’on lui faisait jouer un mauvais rôle. Castaner, lui, n’aura pas ce genre d’état d’âme. Il ne lui aura fallu que quelques heures pour rentrer dans le costume de celui qui sait que sa seule mission est de vendre du Macron et de La République en marche, et peu importe l’argumentaire et les conséquences, que de toute façon il n’aura pas à assumer, tant les passages dans des fonctions ministérielles sont fugaces et éphémères.

Pour autant, nos policiers, nos gendarmes et nos sapeurs-pompiers vont devoir poursuivre leurs missions. Ils auront encore à subir les beaux discours de ceux qui, confortablement installés dans leurs ministères, leur vendent du vent mais sont incapables de joindre le geste à la parole.

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