Demain, pourra-t-on encore manger du cochon ?

Ancien chef d'entreprise
 

« Dérapage indigeste à la Foire au jambon de Bayonne », ainsi titre le site Eklektika à propos de la rituelle fête bayonnaise, qui s’est déroulée du 24 au 27 mars. En cause ? Les phrases inscrites sur les façades des bâtisses tout le long de la Nive.

« My name is Bon. Jean Bon », « Sans cochon, pas de civilisation », « S’il te plaît, dessine-moi un jambon », « Le XXIe siècle sera charcutier ou ne sera pas », « Elle est morte, Adèle »

Du « bien mauvais goût », selon le site outragé, un registre ne relevant « ni du jeu de mots, du calembour ou de la plaisanterie, même grasse », mais furieusement identitaire comme celui de l’apéro « saucisson pinard de l’extrême droite ». Le tort de Patrick de Mari et de Blandine Vié, les rédacteurs gastronomiques ? N’avoir pas respecté les « nombreuses familles de confession non catholique » en les interpellant de façon « dégradante ». Nous y voilà ! 554 ans après la création de la première Foire au jambon, à Bayonne (ou ailleurs, n’en doutons pas), fêter le cochon est devenu une atteinte à « la concorde religieuse » !

Le cochon, un symbole chrétien ! Exactement l’argument alambiqué prononcé, il y a tout juste un an, par Najat Vallaud-Belkacem, selon lequel « supprimer la possibilité d’avoir un menu non confessionnel, je trouve que c’est une façon, en réalité, d’interdire l’accès à la cantine de certains enfants ». Autrement dit, c’est le porc – et non le halal – qui relève du confessionnel ! Mais alors, poussons le bouchon jusqu’au bout. Le mangeur de choucroute Jacques Chirac, en 2003, n’affirmait-il pas « les racines de la France tout autant musulmanes que chrétiennes » ? Et à la Foire au jambon de Bayonne, les secondes, cette année, seraient priées de ne pas s’exprimer ? D’égalité de traitement des religions, pour le site Eklektika, il n’est justement pas question. La preuve.

Bayonne invite, le dernier jour de la fête au jambon, les visiteurs à assister à « la messe des Confréries » ? Inadmissible, cent onze ans après la séparation de l’Église et de l’État ! Monseigneur Aillet se propose de recevoir des fidèles ? Insupportable, de la part d’un évêque « arc-bouté contre le mariage pour tous » et « la laïcisation de l’office religieux ». Parce qu’ils ont manifesté pour le mariage gay, ils prêchent des discours laïcs, les imams ?

Ainsi, les deux trublions auteurs des Cochonneries en tous genres, cette année, ont forcé le trait ? Affirmé la tradition de manger du cochon, en miroir de celle de manger du mouton, regroupé « animation et culture autour d’une même responsabilité », comme s’en est réjoui l’adjoint à la culture, Yves Uglade ? Eh bien, justement ! N’est-ce-pas, à ces terroristes islamistes – « qui veulent détruire nos valeurs » – , comme le gouvernement se complaît à nous le seriner, une réaction de légitime défense ? Et finalement, le plus inquiétant, dans cette histoire de cochon bayonnais, c’est que ce ne sont même pas les musulmans qui ont récriminé… Aujourd’hui, on ne peut plus vanter le cochon. Et demain, pourra-t-on encore en manger ?

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