Cantat devrait rester muet… comme une tombe

 

Bertrand Cantat fait la une des Inrockuptibles, jadis intéressant mensuel, devenu depuis un hebdomadaire branché sur le courant gauchiste décadent, quand il ne sombre pas tout bonnement dans l’obscénité morale, comme c’est le cas cette semaine.

Cantat, c’était autrefois le chanteur de Noir Désir – dont les textes, écrits par l’intéressé, sortaient, il faut le reconnaître, du lot. Je pense, par exemple, à « L’Homme pressé », brûlot cynique antimondialisation, ou « Le vent nous portera », morceau éthéré qui disait, entre autres, ceci : « Ce parfum de nos années mortes / Ce qui peut frapper à ta porte. »

Sauf que ce soir de 2003, à Vilnius, en Lituanie, ce sont les années de Nadine Trintignant qui sont définitivement mortes, parce que frappée par son compagnon et bourreau, qui s’est acharné sur elle à plusieurs reprises – dix-neuf fois ! Tombée dans le coma, l’actrice décédera quelques jours après des suites de ses blessures. Elle était, par ailleurs, mère de quatre enfants.

Condamné, en 2004, à une peine dérisoire par la Justice lituanienne – huit ans d’emprisonnement –, Cantat sera rapidement transféré dans une prison française. En 2007, il jouira de plusieurs permissions pour bonne conduite, puis sera libéré après avoir purgé la moitié de sa peine, son contrôle judiciaire s’achevant en 2011.

Cette histoire sordide ne s’arrête pas là. En effet, son épouse, Krisztina Rády, avec laquelle il aura deux enfants avant de la quitter pour Marie Trintignant, et qui l’aura défendu publiquement à la suite de son crime, se suicidera en 2010, alors que Cantat était revenu vivre au domicile conjugal. Des voix s’élèveront alors pour évoquer son emprise sur sa femme. Son ex-compagnon, François Saubadu, accusera même « le chanteur de “terreur psychologique” envers Krisztina » (source : Le Figaro).

Aujourd’hui, Cantat semble renaître et le fait savoir publiquement, alors que son passé lui commanderait un anonymat salutaire pour tous les êtres qu’il a dévastés. Mais de cela, ni lui ni Les Inrockuptibles n’ont cure, ce qui a provoqué l’ire – à laquelle je souscris sans retenue – de Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes, tweetant : « Et au nom de quoi devons-nous supporter la promo de celui qui a assassiné Marie Trintignant à coups de poings ? » D’autres personnalités lui ont d’ailleurs emboîté le pas, dont Laurence Rossignol, Mathieu Kassovitz et Raphaël Enthoven, ce dernier accusant très justement le journal de cracher « sur une morte pour offrir un écrin au meurtrier ».

Et lorsque l’intéressé déclare que « parler publiquement de ce qui s’est passé [l’] aurait peut-être aidé, mais ça aurait été indécent », très franchement, on s’en tape, pour parler poliment !

Quant aux Inrockuptibles, ils ont joint à leur publication un CD avec, notamment, une chanson d’Orelsan, auteur d’un néologisme pour le moins immonde : « Tu vas te faire marie-trintigner. » Quitte à être abject, allons-y jusqu’au bout !

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