Présidentielle 2017

La candidate ne murmurait plus à l’oreille du peuple !

Ancien officier de Gendarmerie

Diplômé de criminologie et de criminalistique

 

J’ai préféré, durant les trois jours qui ont précédé l’élection, ne pas exprimer ce que je ressentais, le but étant de battre Macron en laissant une infinitésimale chance à Marine. Aujourd’hui que cette présidentielle grand-guignolesque est terminée, que la propagande indécente des élites s’est tue, il est temps de prendre la parole.

D’abord, jamais en France, lors d’une élection présidentielle, la bien-pensance n’avait montré une telle vindicte, un tel mépris, une telle haine contre une candidate. On peut se demander si le but, chez ces ultras du conformisme, n’était pas de savoir lequel propagerait la plus grande ignominie. Cela, bien évidemment, avec la complicité assumée du grand capital, des grands médias et des grands anciens partis de gouvernement.

Maintenant, analysons l’échec de sa campagne :

– Marine s’est placée dans la personnification du peuple, elle incarnait cette idée populiste où classe sociale et enracinement se confondent sur un même territoire. Mais, pour cette option, il faut un plus, il faut un tribun, un être en phase avec le groupe, un être dont chaque parole abreuve la masse. Jean-Marie était un tribun, Mélenchon est un tribun, Trump en est un, Beppe Grillo en Italie. Un tribun, c’est un personnage épique qui vous incite à le rejoindre non par le raisonnement mais par la mystique qu’il incarne. Qui parle à tous comme s’il parlait à chacun de nous, qui est capable de nous faire rire ou pleurer tout en donnant corps à de féroces diatribes. Hélas, si Marine est une bonne oratrice, elle n’arrive pas à ce sommet fusionnel qui enflamme les peuples.

– Marine est passée à côté du débat du 3 mai. Sur la forme, on se croyait dans un duel ou l’un des épéistes fonce tête baissée sur l’autre sans se préoccuper de sa survie. Dans un duel, il faut anticiper les coups et les pensées de l’adversaire, plutôt que de se lancer sans vergogne à l’assaut. L’une ne pensait qu’à attaquer quand l’autre répondait à fleurets mouchetés. Pourquoi a-t-elle tenté de forcer ainsi le destin ? Est-ce parce que l’équipe de Macron avait laissé entendre qu’il quitterait l’émission si le débat se transformait en punching-ball ? Seule la candidate le sait.

– Enfin, j’émettrai trois critiques à son égard concernant le fond lors du débat :

1) Une connaissance des dossiers économiques incomplète. Pourtant, elle avait du temps par rapport aux autres candidats, elle avait aussi des spécialistes de haut rang prêts à l’aider durant cette précampagne. Les conseillers des « Horaces », les professeurs d’économie tels Sapir ou Juvin, étaient de bons guides pour elle. Ces derniers, sur BFM, n’avaient laissé aucune chance sur l’euro à des européistes convaincus. Il faut le dire : Marine a négligé cette partie, ardue car novatrice, mais fondamentale pour les classes moyennes et populaires.

2) Des fiches mal préparées : elle attaque sur le rachat de SFR mais développe l’exemple d’Alstom. Macron a beau jeu de montrer qu’elle n’a pas relu ses papiers (SFR a bien été vendu à Drahi quand le candidat d’En Marche ! était ministre de l’Économie).

3) Et, surtout, elle n’a pas illustré ses propos, elle est restée abstraite. Pas d’exemples, elle ne débute pas en soumettant le cas de jeunes complètement perdus ou de personnes âgées obligées de fouiller dans les poubelles. Ainsi, il était impératif de parler de l’immigration et des personnes qui n’ont pas droit à l’assurance maladie alors que les immigrés sont à l’AME. Devant ces données, le petit Emmanuel aurait été sur la défensive. Il était facile, ensuite, d’embrayer sur sa responsabilité durant les quatre dernières années.

Mais voilà, Marine, durant cette campagne, n’a pas su murmurer à l’oreille du peuple !

Diplômé de criminologie et de criminalistique

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