Que cache l’engouement pour un Grenelle de l’éducation ?

 

Pour une fois que nous avons un ministre qui ne veut pas associer son nom à une réforme, voici qu’on lui demande à tout bout de champ un Grenelle de l’éducation ! Non pas que le système éducatif n’ait besoin d’un grand toilettage, mais l’Histoire a montré que les grands-messes ne permettent guère – c’est le moins qu’on puisse dire – d’améliorer l’enseignement.

Le dernier exemple ? La grande concertation pour refonder l’école, lancée par Vincent Peillon en juillet 2012. Une foire où tous les « acteurs » pouvaient s’exprimer, mais dont les conclusions étaient écrites d’avance. On laisse parler, puis on décide. Bref, une consultation bidon, dont on fait la promotion pour faire croire que c’est un modèle de démocratie participative.

Voici donc qu’une trentaine d’organisations en appellent au Président Macron pour lancer des états généraux de l’école ! Elles ont même reçu le soutien de personnalités connues, comme Lilian Thuram, ce footballeur qui s’est reconverti en animateur civique dans les établissements scolaires. Ou moins connues, comme Susie Morgenstern, une Américaine, auteur de livres pour la jeunesse, qui rêve d’une école qui redonnerait de la liberté aux enfants.

Plus sérieuse, la présidente de l’Union nationale des associations familiales estime, non sans raison, que les besoins et les attentes à l’égard de l’éducation sont très importants et que des états généraux seraient l’occasion de réaffirmer « l’objectif de l’acquisition des fondamentaux de la lecture, de l’écriture et du calcul au primaire ». Louable objectif ! Sauf que tous les promoteurs de réformes se le sont donné sans jamais y parvenir, puisqu’il faut chaque fois sur le métier remettre l’ouvrage.

La lettre ouverte est pavée de bonnes intentions et de beaucoup de lieux communs : « Nous avons la conviction que l’éducation est la meilleure réponse durable aux grands défis sociaux, économiques et culturels de la France. […] Venant de tous horizons, nous n’avons aucun parti pris politique. Mais une même volonté nous rassemble, celle d’offrir aux jeunes générations toutes les chances de réussir. » Elle se conclut par cette exhortation vibrante : « Alors, aurez-vous l’audace de lancer ces États Généraux de l’Éducation ? Nous y sommes prêts ! »

Voilà un langage qui devrait plaire à l’hôte de l’Élysée ! On serait même tenté de supposer que les auteurs de cette lettre – car ils ne se sont pas mis à trente pour la rédiger – ont choisi leurs mots pour inciter l’éducation à se mette « en marche ». Mais évitons un procès d’intention à l’égard d’associations qui, pour la plupart, n’ont pour défaut que d’être un peu naïves.

Les grands débats permettent rarement de réaliser de grandes réformes. Ils donnent l’illusion d’une réflexion collective et préparent l’opinion à accepter le changement, fût-il délétère.

D’ailleurs, les signataires de cet appel ne sont pas les seuls à réclamer un Grenelle de l’éducation. La FCPE (Fédération des conseils de parents d’élèves) a publié, le 26 juin, un communiqué : « L’École de la République est aujourd’hui discréditée et affaiblie à cause de son incapacité à répondre aux difficultés scolaires de nombreux élèves qui révèle à la fois l’étendue du consensus libéral sur la construction d’une école à plusieurs vitesses et la peur d’engager un combat qui paraît immense. »

Pour d’autres raisons, le MEDEF (Mouvement des entreprises de France) avait adressé aux candidats à la députation un Manifeste pour l’éducation, l’enseignement supérieur et l’apprentissage, estimant qu’« il n’y a pas d’économie forte sans une éducation performante ».

La méthode annoncée par Jean-Michel Blanquer – réparer petit à petit la machine – n’est-elle pas préférable à cet emballement pour changer le monde, qui n’est pas toujours dénué d’arrière-pensées ?

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