Editoriaux - International - 3 décembre 2018

Budget italien : l’effet gilets jaunes

La Chambre des députés italienne commence, cette semaine, l’examen du budget 2019 rejeté par Bruxelles.

En effet, il y a un dialogue de sourds entre Bruxelles et Rome : la première ne s’intéressant qu’à la maîtrise du déficit et, par-delà, à la résorption de la dette (132 % du PIB). La seconde constatant que ces politiques comptables échouent depuis des années (partout en général, et en Italie en particulier), désire modifier le pourcentage de déficit et la dette en augmentant le PIB et, donc, par une politique de relance. Ce qui réussit bien aux États-Unis (réindustrialisation grâce à la taxation égalisatrice des importations mortifères).

Car les Italiens, qui ont inventé le pourcentage au haut Moyen Âge, savent que cela consiste à « comparer une valeur particulière à une valeur de référence » et à « déterminer ce que vaudrait cette valeur particulière si la valeur de référence était ramenée à 100 tout en respectant les proportions ». Et ils savent donc, aussi, que l’on peut abaisser la valeur particulière en élevant la valeur de référence (maths de CM1 !).

Le budget proposé par la coalition au pouvoir depuis juin dernier prévoit un déficit à hauteur de 2,4 % du produit intérieur brut (contre 1,8 % en 2018) dans le but de relancer l’économie. Ce budget est rejeté par Bruxelles, qui estime qu’il ne permettra pas de réduire le poids de la dette et, donc, qu’il enfreint les règles, en la matière, de l’Union européenne. Très habilement, Rome a envoyé des signaux de bonne volonté. Pour gagner du temps ?

Car, en réalité, si Bruxelles lançait une procédure disciplinaire contre l’Italie (en vue de prononcer des sanctions financières), quelle serait la réponse du Parlement italien où la coalition est largement majoritaire ? La légitimité, la vie et la loi d’un peuple souverain, de chair et d’affect, contre les normes comptables de fonctionnaires non élus et surpayés ? Nous avons, là, les prémices d’une possible explosion de la zone euro. Et de l’Europe de Maastricht.

Car les spécialistes de la politique péninsulaire estiment probable que le gouvernement soumettra son budget, d’ici Noël, à un vote de confiance devant les deux chambres du Parlement où il possède une forte majorité.

Désormais, la crise historique majeure des gilets jaunes, en France, pourrait bien inciter Bruxelles à plus de « compréhension ». Et à faire semblant de croire aux assurances de Rome.

« Fa piacere sapere di avere sostenitori anche tra i francesi stanchi di Macron ! » (« Il est bon de savoir que vous avez des supporteurs, même parmi les Français fatigués de Macron ! »), a déclaré, ironique, M. Salvini, il y a quelques jours, pendant qu’Emmanuel Macron voyage et ne dit rien face aux appels à sa démission ou de nouvelles élections législatives.

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