Mises en garde contre une implosion sociale en France

PARIS (Reuters) – La fronde sociale gagne du terrain en France dans le sillage du mouvement breton des « bonnets rouges » et avec elle les alertes politiques et syndicales, qui exhortent l’exécutif à un changement de cap et/ou d’équipes.

Plus de sept Français sur dix (72%) estiment que les mécontentements sociaux actuels vont déboucher sur un mouvement de grande ampleur, selon un sondage Tilder-LCI-Opinionway diffusé cette semaine.

« Le ‘sentiment’ de fronde populaire et sociale est maintenant plus que majoritaire et cette inquiétude devient réalité par la multiplication des mouvements qui occupent quotidiennement l’espace médiatique », note Tilder.

Des manifestations contre l’écotaxe, cette taxe environnementale dont le gouvernement a annoncé la suspension mais pas la suppression, se sont déroulées durant le week-end dans plusieurs départements alors qu’elles étaient pour l’heure circonscrites à l’Ouest.

Des routiers ont organisé des « opérations escargots » dans la région lyonnaise, dans les Bouches-du-Rhône et le Nord. Des portiques écotaxe ont été endommagés dans le Gard, en Charente, dans les Deux-Sèvres.

Les services du Premier ministre ont refusé de commenter une information du Monde selon laquelle l’écotaxe serait introduite le 1er juillet 2014.

Cette éco-redevance sur le transport routier décidée par la précédente majorité dans le cadre du Grenelle de l’Environnement devait entrer en vigueur le 1er janvier prochain. Selon une source gouvernementale citée par Le Parisien Dimanche, ce dispositif « ne verra jamais le jour ».

« C’EST COMME UN VOLCAN »

La « révolte citoyenne » bretonne est légitime face à cette taxe « absurde », a estimé dimanche sur Canal+ la présidente de la région Poitou-Charentes, Ségolène Royal.

Pour l’ancienne candidate socialiste à l’élection présidentielle de 2007, « il y a quelque chose qui est assez réconfortant » et « sain » dans l’initiative des « bonnets rouges » bien que celle-ci traduise « beaucoup de souffrances ».

« Je préfère une énergie qui se soulève et qui va déboucher je l’espère sur des solutions que des gens qui (…) vont dans le secret de l’isoloir se réfugier vers des votes aux extrêmes », a-t-elle ajouté.

Gagnés selon l’opposition de droite par le « ras-le-bol » fiscal, deux Français sur trois se disent prêts à descendre dans la rue contre de nouvelles hausses d’impôts, selon un sondage CSA pour BFM TV.

Pour Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière (FO), « un sentiment de révolte » se répand face au « touchisme fiscal ».

« C’est comme un volcan: il y a de la fumée, la terre ne tremble pas mais en dessous, ça bouillonne », a-t-il jugé sur i>TÉLÉ. Les salariés, a-t-il poursuivi, ont « le sentiment que quand les patrons râlent, le gouvernement répond facilement ».

Les « Sacrifiés », des artisans, commerçants et travailleurs indépendants qui se disent condamnés à « une asphyxie fiscale lente et silencieuse », manifesteront mercredi en France contre la hausse de la TVA au 1er janvier 2014.

Le gouvernement présentera mercredi en conseil des ministres le projet de loi de finances rectificative pour 2013. Une réunion de travail gouvernementale sur les finances publiques est prévue le même jour à Matignon.

« IL Y A DES GENS SUR LE BANC DE TOUCHE »

François Hollande a défendu vendredi ses choix économiques après la dégradation de la note souveraine de la France par l’agence de notation Standard & Poor’s, qui qualifie d’insuffisantes les réformes actuelles.

« Hollande doit tout changer : son comportement de président, sa politique et son approche économique », commente l’ancien ministre UMP Laurent Wauquiez dans Le Parisien Dimanche.

« Les Français en ont ras-le-bol et ils ont envie de renverser la table », avertit le député de Haute-Loire.

Le président de l’UMP, Jean-François Copé, s’est inquiété sur France 3 d' »un délitement de la société française à un point inégalé ».

« Pour la première fois, on voit une rupture nationale sur le consentement à l’impôt », a-t-il relevé. « Il y a des tensions très très fortes, d’autant plus fortes qu’on ne voit pas le cap, on ne voit pas la vision », a-t-il souligné.

Anne Hidalgo, candidate socialiste à la mairie de Paris, considère que le cap est le bon – « volonté de redresser le pays, de permettre aux entreprises de s’en sortir, accompagner des mutations industrielles et maintenir un matelas social important ».

Mais l’ancienne porte-parole de Martine Aubry pour la primaire présidentielle socialiste juge que cette politique nécessite une nouvelle équipe gouvernementale.

« Une équipe sûrement plus resserrée, plus à la tâche, plus mobilisée, une vraie équipe politique, dans laquelle les ministres aient réellement un poids sur leur administration ».

« Il y a des gens sur le banc de touche » et, « quand on est essoufflé, il faut peut-être changer les hommes », a-t-elle dit au « Grand Rendez-Vous » Europe 1-Le Monde-i>TÉLÉ. « Je pense qu’il faut aller assez vite car il y a une attente ».

Pour Laurent Wauquiez, un remaniement, « une vieille recette », « ne résoudra rien ».

Sophie Louet

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