La Bretagne n’est pas la Catalogne !

 

Au cours d’une récente chronique radiophonique (RTL, le 3 octobre), Éric Zemmour a parlé des événements de Catalogne et a mis en cause la politique menée au sein de l’État autonomique espagnol depuis 1978. Il a plaidé en faveur du centralisme et de l’uniformité culturelle conformément à l’idéologie de la Révolution française, une idéologie dont les éléments essentiels sont l’individualisme et le progressisme, tous deux hérités de la philosophie libérale. La pensée d’Éric Zemmour est, sur ce point, paradoxale ; il est sincèrement attaché à la France, celle du passé, du présent et du futur, tout en se référant à l’idéologie révolutionnaire.

Or, il y a bel et bien une contradiction insurmontable entre le fait de plaider pour l’enracinement dans une nation millénaire et celui de se référer à une idéologie qui, d’une part, ne connaît que des individus et le genre humain, et qui, d’autre part, promeut l’idée de progrès, c’est-à-dire la rupture avec le passé et avec les communautés d’appartenance. Le conservatisme, c’est-à-dire la préférence pour une pluralité des civilisations, des cultures, des États et des nations, n’est conciliable ni avec l’individualisme propre au libéralisme, ni avec le progressisme pour lequel l’enracinement dans des communautés historiques doit être éradiqué.

Rien ne peut empêcher une communauté de parler une langue si elle le souhaite vraiment et si elle est prête à mourir pour cela. A contrario, il est impossible d’imposer une langue à un peuple qui ne veut pas la parler, comme c’est le cas en Irlande où, malgré les efforts des gouvernements successifs depuis 1921, le gaélique se meurt dans une indifférence étonnante. De même, on ne peut empêcher une communauté de se retirer d’un État si la majorité des membres de cette communauté le souhaite vraiment. Il n’est possible que d’en retarder l’échéance.

Dans le cas de la Catalogne, il ne fait aucun doute qu’une forte minorité souhaite la séparation, mais c’est une minorité (90 % de 42 %, cela ne fait que 38 % des inscrits). La Catalogne bénéficie d’une autonomie très poussée et les catalanophones ne sont pas brimés ; seuls les hispanophones sont brimés en Catalogne ! Les mouvements catalans ont été consultés avant la rédaction de la Constitution espagnole en vigueur et les Catalans ont voté lors du référendum qui en a précédé l’adoption ; les uns et les autres l’ont acceptée. Ils ne peuvent donc la rejeter d’un revers de main et ce, d’autant plus qu’il n’y a pas de majorité indépendantiste prouvée à ce jour (2,02 millions sur 5,34 millions d’inscrits).

Éric Zemmour s’inquiète de la contagion possible à certaines régions françaises, la Bretagne en particulier, et les rares indépendantistes de Bretagne se prennent à rêver d’un avenir à la catalane. L’un et les autres sont à côté de la plaque parce que l’indépendantisme breton ne concerne que 1 % des habitants de notre région (dernières élections). Il n’y a aucun risque de contagion à la Bretagne. La Bretagne n’est pas la Catalogne.

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